Au cours des deux dernières années, dans ce nouveau monde contraint par le travail à distance, obligeant une distribution des équipes, beaucoup de développeurs de logiciels ont regretté le manque d'alternative au tableau blanc. Or c’est depuis longtemps un outil essentiel pour aider les programmeurs à comprendre et à expliquer les systèmes complexes qu'ils conçoivent et exécutent. Aujourd'hui, alors que les équipes de développeurs sont de plus en plus distribuées, distantes et asynchrones, le tableau blanc virtuel devient un outil de collaboration essentiel pour résoudre des problèmes techniques, organiser des séances de formation et mener des entretiens d'embauche.

Une vue plus globale

« Le tableau blanc est un outil puissant pour les ingénieurs, car il leur permet de visualiser en globalité les différents éléments d'une application », a expliqué Jevin Maltais, responsable de l'ingénierie chez l’éditeur de logiciels d'automatisation entièrement distribuée Zapier. « Il faut beaucoup d'interaction et de communication entre les différentes pièces d'un système pour développer des solutions techniques, et le tableau blanc est un bon moyen de visualiser l’ensemble de ces éléments », a-t-il ajouté. Crema, une agence de développement de logiciels basée à Kansas City, utilise depuis au moins quatre ans la solution de tableau blanc bien connue de Miro (devenu depuis un de ses clients), bien avant que la pandémie n'oblige les employés et les clients à travailler ensemble à distance. Mais son usage a considérablement augmenté pendant la pandémie. « Nous avons un merveilleux bureau avec plein de tableaux blancs partout pour la planification de projets, la planification technique et le dépannage », a expliqué Neal Dyrkacz, développeur d'applications senior chez Crema. Mais, depuis la pandémie, une grande partie de ce travail est effectuée et stockée dans Miro. « Pour comprendre l'architecture de haut niveau, ce dont nous avons besoin, les API tierces que nous allons utiliser, cette hauteur de vue est devenue précieuse pour tout le monde », a-t-il ajouté.

Selon Lex Sanders, développeuse d'applications chez Crema, les tableaux blancs de Miro lui ont été extrêmement précieux quand elle a commencé à travailler dans l'entreprise. « J'ai passé beaucoup de temps sur les tableaux blancs et à faire du travail collaboratif avec mes mentors », a-t-elle déclaré. Cependant, le passage des tableaux blancs physiques aux tableaux virtuels demande un peu d’adaptation. L’un des problèmes souvent rencontrés par les utilisateurs est de pouvoir ajuster l’environnement physique, où l'on sait toujours qui dirige la session avec un marqueur à la main, à l’environnement virtuel dans lequel n'importe qui peut dessiner à tout moment. Jevin Maltais de Zapier reconnaît que cet aspect reste un défi pour les équipes d'ingénieurs. « Instaurer des normes culturelles pour dire qui peut dessiner et à quel moment nous parait encore bizarre », a-t-il déclaré.

La révolution du travail asynchrone

Cela fait plusieurs années que Justin Garrison, Developer Advocate senior d'AWS, travaille dans des équipes entièrement distantes. Mais, en tant qu'apprenant visuel, il espère depuis longtemps disposer d’un moyen simple pour expliquer visuellement les choses à ses collègues. Les équipes étant de plus en plus réparties dans le monde, Justin Garrison cherche toujours de meilleures solutions pour transmettre les informations de manière asynchrone, afin que ses collègues basés à Tokyo ou à Rome puissent se mettre au courant dès leur réveil. « Il n'est pas possible de programmer une réunion pour tous au même moment et il est tout aussi difficile de faire un travail interactif », a déclaré M. Garrison. Ce dernier fait remarquer que les outils existants ne prennent pas encore en charge l'enregistrement et la lecture asynchrones, des fonctionnalités qui figurent en bonne place dans sa liste de souhaits pour 2022.

Jevin Maltais de Zapier a essayé de résoudre le même problème au cours de l'année écoulée. « L’une des manières puissantes et non évidentes que nous avons d’utiliser les tableaux blancs virtuels consiste à travailler de manière asynchrone pour tirer parti du tableau blanc en tant qu'outil visuel, mais en permettant aussi aux gens de contribuer à leur rythme de manière asynchrone », a-t-il déclaré. « Les tableaux blancs numériques peuvent s’étaler longuement dans le temps. Nous pouvons enregistrer la réunion, laisser telle ou telle personne y contribuer tout en suivant son évolution ». Zapier a adopté le tableau blanc asynchrone pour mieux impliquer les ingénieurs qui ne peuvent se réunir en personne plus d'une ou deux fois par an, pandémie oblige. « Il est vraiment important pour les ingénieurs d'être entendus », a déclaré le responsable de l'ingénierie de Zapier. « Ils travaillent souvent en solo et ne sont pas habitués à parler et à poser des questions, donc, trouver des moyens de mieux collaborer et de partager des idées est réellement capital », a-t-il ajouté.

Meilleur tableau blanc virtuel ?

Par rapport à la plupart des développeurs, Justin Garrison d’AWS est sans doute celui qui a testé le plus grand nombre de tableaux blancs virtuels et son préféré est le très simple Whiteboard Online (WBO), associé à une tablette et un stylet pour dessiner. « J'aime son côté éphémère, et la sobriété de la documentation », a-t-il déclaré. « Le tableau blanc sert essentiellement à la conversation, qui apporte 90% de la valeur de l’échange et 10% de l’échange est écrit sur le tableau blanc ». Il a utilisé aussi avec succès la fonction de tableau blanc intégré de Zoom pendant les réunions, mais il apprécie moins la façon dont l'outil est cloisonné. Il a surtout utilisé Miro quand il travaillait pour la Walt Disney Company, malgré certains inconvénients. « Ce tableau blanc n'est pas conçu pour le stylet, c’est pourquoi je dirais que ce n'est pas une application de tableau blanc », a-t-il encore déclaré. Zapier teste également l'outil Horizon Workrooms VR de Facebook pour des sessions de tableau blanc virtuel plus immersives entre développeurs. « L'expérience du tableau blanc est vraiment impressionnante dans ce contexte », a reconnu Jevin Maltais.

Hrafn Eiriksson, directeur technique des paris en ligne Smarkets, basés au Royaume-Uni, utilise trois tableaux blancs différents à des fins différentes. Il apprécie un tableau blanc virtuel simple appelé Excalidraw pour les sessions spontanées, Miro pour les réunions plus formelles en raison de son ensemble de fonctionnalités, et les tableaux blancs de HackerRank pour mener des entretiens techniques. Alors que le tableau blanc virtuel semble prendre une place inévitable dans l'expérience du développeur de logiciels, alors que nous nous dirigeons vers une nouvelle forme d’organisation du travail, aucune solution n’offre la simplicité d'un marqueur effaçable à sec sur un tableau blanc physique. « Au cours des deux dernières années, nous avons essayé pas moins d’une douzaine de services de tableau blanc différents », a déclaré Hrafn Eiriksson. « Au terme de cette expérience, je peux dire surtout que, quel que soit l'outil, le tableau blanc virtuel est encore loin de remplacer une session en personne ».