Pendant que la valeur du Bitcoin et d’autres cryptomonnaies grimpe, portées par la spéculation et le battage médiatique qui les entoure, certains gouvernements et entreprises ont décider de limiter leur utilisation. Objectif : éviter le blanchiment d’argent et protéger les consommateurs d’une crise de crédit. « Beaucoup de gens empruntent pour investir dans les cryptomonnaies, et ils le font parfois directement avec leur carte de crédit » explique Martha Bennett, analyste chez Forrester Research, « cela pourrait conduire à un effondrement du crédit ». Ces cryptomonnaies permettent à quiconque d'échanger de l'argent sur un réseau peer-to-peer basé sur blockchain en temps réel, partout dans le monde et sans autorité centrale comme une banque ou une carte de crédit. Elles existent dans une zone grise qui permet des transactions transfrontalières beaucoup plus efficaces que les monnaies traditionnelles.

Les cryptomonnaies pourraient constituer une menace pour le système financier actuel en raison de la spéculation effrénée et des emprunts non garantis par les consommateurs qui cherchent à acheter de l'argent virtuel. Sachant qu'en plus le cours de ces devises est ultra-sensible. Le Bitcoin est ainsi grimpé à près de 20 000 $ au cours des dernières semaines. Il a également plongé sous les 13 000 $ avant de se stabiliser autour de 14 000 $. La deuxième monnaie la plus populaire, l’Ether de la plate-forme Ethereum, a connu une forte de hausse de 481 à plus de 1 300 $ le mois passé. Il en va de même pour XRP, la devise proposée par Ripple aux banques pour servir d’intermédiaire pour les échanges transfrontaliers.

Développé pour être utilisé en entreprise en tant que réseau transactionnel peer-to-peer, Ethereum est la deuxième cryptomonnaie utilisée après le bitcoin (Crédit : Ethereum).

La Chine serre la vis

Avec l’électricité bon marché, la Chine était jusqu'à peu un eldorado pour les mineurs de cryptomonnaie (Bitcoin, Ethereum...). Comme le yuan n'est pas pleinement convertible, et le rapatriement de capitaux investis difficiles, de vastes complexes de serveurs énergivores qui effectuent les traitements algorithmiques pour les réseaux de devises virtuelles se sont développés dans tout le pays. Mais ces dernières mois, la Chine a décidé de de stopper la partie en incitant les opérateurs de ces monnaies virtuelles à se tourner vers des nations moins réglementés.

L’an dernier, la Chine est allée jusqu'à interdit les Initial coin offering (ICO), les levées de fonds en Bitcoin, fonctionnant via l'émission d'actifs numériques échangeables - des tokens - contre des cryptomonnaies durant la phase de démarrage d'un projet. Plus tard, le gouvernement a freiné le commerce des devises numériques. Et plus récemment, l’alimentation des grandes fermes de serveurs ou des équipes de minage qui effectuent le traitement des blocs a été coupée. « Cela pourrait bien stimuler d'autres cryptomonnaies » indique Paul Brody, chef de l’innovation chez Ernst&Young, « en particulier celles qui ont une empreinte carbone plus faible dans le traitement des transactions et plus d'applications commerciales et informatiques comme Ethereum. »

Bitmain, société qui gère deux des plus grands bassins de minage de bitcoins en Chine, et BTC Top, troisième dans le classement, ont mis en place des opérations de minage aux Etats-Unis et au Canada. ViaBTC, quatrième sur le marché chinois, a fait de même en Islande et aux Etats-Unis, selon Bloomberg News. Les plateformes dédiées permettant l’achat de bitcoins, d’ethers ou de litecoin sont variées. Parmi elles,  Coinbase, fondée en 2011, propose ce genre d’investissement. Mais même les marchés traditionnels, toujours prisés, ouvrent des opérations sur les bitcoins. Le Chicago board options exchanges (CBOE) a ouvert les investissements de bitcoins en décembre. Le groupe Nasdaq OMX l’envisage également. Développé pour être utilisé en entreprise en tant que réseau transactionnel peer-to-peer, Ethereum souhaitait que l’Ether permette de financer le développement de projets. Mais il a été détourné par les investisseurs, selon l’analyste de Forrester Research.

La régulation des cryptomonnaies en marche

Comme l’utilisation des cryptomonnaies se développe, les moyens de surveillance et de régulation de ces systèmes sont aussi envisagés dans le monde entier. « Ce n’est pas seulement la Chine ou des régulateurs, l’écosystème général est en train de se restreindre » assure Martha Bennett. Cette semaine, Israël a déclaré que le Bitcoin n’était pas une monnaie réelle, le qualifiant d’actif financier difficile à réguler. « Au-delà des risques pour le client, il existe également des risques de non-respect de la banque », a déclaré Nadine Baudot-Trajtenberg, vice-gouverneur d'Israël, lors d'une réunion du comité des finances du Parlement.

Aux États-Unis, diverses agences d'État ont également réagi à ce qu'elles considèrent comme des activités frauduleuses de la part des sociétés de cryptomonnaie en leur ordonnant de cesser les ventes de bitcoins. Un législateur du Nebraska a déposé trois projets de loi visant à modifier les lois de l'État sur le blanchiment d'argent pour couvrir les cryptomonnaies et, plus généralement, les demandes de blockchain.

La semaine dernière, Visa a soudainement mis fin à sa relation avec WaveCrest, une société qui convertissait les cryptomonnaies en espèces sur une carte de débit prépayée Visa pour les transactions courantes. Visa n’a expliqué sa décision que par le fait que l’entreprise aurait violé ses «règlements d'exploitation». Martha Bennett a toutefois émis l'hypothèse que les cartes prépayées pourraient être utilisées pour le blanchiment d'argent.

Des cadres réglementaires pourtant solides

Il n'y a pratiquement aucun risque de vol d'identité sur une blockchain parce que chaque participant est anonyme; la seule chose vérifiée est le portefeuille numérique utilisé pour envoyer et recevoir des devises virtuelles via un hachage cryptographique. La plupart des réseaux financiers construits sur des blockchains fonctionnent selon des cadres réglementaires solides, souvent entre des banques, comme le consortium R3. « Ces réseaux sont déjà soumis à un examen réglementaire minutieux et il est peu probable qu'ils soient affectés par des mesures de répression sur le bitcoin », précise Paul Brody.

Les gouvernements ont été lents à réglementer les cryptomonnaies car même si elles peuvent être utilisées à des fins néfastes, elles apportent aussi des solutions transparentes et sans failles qui sont susceptibles de renforcer l’efficacité des entreprises. Si des réglementations transfrontalières voient le jour, le processus sera d’autant plus lent et complexe selon Paul Brody.

Paradoxalement, la Chine envisage de créer sa propre cryptomonnaie basée sur la blockchain depuis que les transactions en ligne ont fortement augmentées dans le pays. Contraindre les devises bitcoin pourrait en fait contribuer à promouvoir une activité plus néfaste de la part des nouvelles blockchains. Alors que le bitcoin est hautement traçable en raison de sa plate-forme – un dossier électronique ouvert et immuable – certaines autres devises utilisent de nouvelles techniques qui rendent très difficile ou presque impossible de tracer les transactions, précise le chef de l’innovation chez Ernst&Young. « Freiner le bitcoin pourrait entraîner un glissement vers ce genre de technologies. Les autorités financières devraient tenir compte des conséquences avant de mettre en place quoi que ce soit ».