Le réseau mondial de paiement est l'actif le plus précieux de Mastercard. Il facilite chaque jour 300 millions de transactions financières dans le monde, dans un système complexe protégé par l'apprentissage automatique (ML) et d'autres technologies de sécurité de pointe. La société de services financiers est en train de moderniser ce système, en se détournant des solutions sur site pour adopter un mix de technologies cloud et edge computing. Cela tombe bien : cette combinaison est, aux dires des experts, mûre pour la croissance. Une fois achevé, le réseau modernisé Next Edge du groupe américain sera « disponible partout où les clients de l'entreprise souhaiteront faire des affaires », selon Ed McLaughlin, président des opérations et de la technologie chez Mastercard.

Cette initiative a pour but de stimuler la croissance des revenus de la société en accélérant la livraison et l'intégration des produits, ainsi que la fameuse expérience client. « Elle améliorera également l'efficacité opérationnelle en permettant l'intégration d’autres clients en quelques semaines seulement », affirme M. McLaughlin à propos du réseau, qui prend des décisions en fonction des exigences réglementaires en quelques millisecondes. Avant Next Edge, Mastercard mettait son réseau de paiement à disposition via un terminal installé dans datacenters clients, ce qui fonctionnait bien dans un monde principalement alimenté par des transactions par cartes bancaires. Mais avec l'augmentation du nombre de commerçants et de fintechs qui adoptent les services de paiement numérique, y compris le commerce électronique mobile, le compte à compte et la banque ouverte, il est devenu essentiel pour Mastercard d'aller à leur rencontre en exploitant le terrain des API et des environnements de plateform as code.

Edge et cloud, deux alliés

Hébergé dans un environnement de cloud hybride comprenant une infrastructure de cloud privé et public, la solution Mastercard offre une interface réseau et une connectivité unifiées, permettant aux clients d'accéder à tous ses produits et services via un point d'accès unique. Cette approche hybride apparait essentielle compte tenu des diverses réglementations internationales concernant les services financiers, qui obligent certains clients à traiter les transactions dans leurs locaux. Selon la société, cette approche entraînera une augmentation des ventes de produits. « Vous bénéficiez de la même connectivité directe avec les mêmes niveaux de vitesse et de performance qu'avec un environnement sur site », explique Ed McLaughlin.

La technologie Edge complète le cloud en plaçant le calcul et le stockage des données plus près des appareils où elles sont collectées, réduisant ainsi les problèmes de latence qui peuvent affecter la capacité d'une application à fournir des données en temps réel. Plutôt que de s'appuyer sur un emplacement central qui peut être hébergé à des milliers de kilomètres, cette technologie prend en charge les applications fonctionnant sur n'importe quel terminal, des smartphones aux ordinateurs portables en passant par l'éventail vertigineux de systèmes opérant en couche basse de l'internet des objets (IoT). L'émergence de la technologie de réseau 5G, associée à l'informatique périphérique, devrait quant à elle réduire encore un peu plus la latence des applications exécutées sur ces terminaux.

Mastercard au service de ses clients

Avec Next Edge, Mastercard a construit un cadre piloté par les événements pour pousser davantage de charges de travail de calcul en bordure de réseau. Un service de la solution, appelé Edge Decisioning, aide à prendre des décisions sans nécessiter de connexions aux sites centraux. Mastercard fournit également à ses clients des services de lutte contre la fraude par l'intermédiaire de Collaborative Intelligence Hubs, qui sont répartis dans le monde entier et fonctionnent de manière indépendante, tout en utilisant des données provenant de différents domaines ou d'autres sources.

« La technologie nous permet d'avoir une interface « zéro kilomètre » avec les systèmes des clients et nos émetteurs dans le cloud », explique M. McLaughlin, ajoutant qu'elle rapproche la logique le plus possible du dispositif source. D'ici à 2025, le edge computing viendra compléter le cloud computing pour la quasi-totalité des entreprises selon le Gartner, qui estime que les dépenses mondiales consacrées aux réseaux de diffusion de contenu et aux réseaux périphériques atteindront 12,4 milliards de dollars en 2021, contre 10,8 milliards en 2020. Dans le même temps, le pourcentage d'entreprises qui ont déployé des cas d'utilisation edge en production atteindra 40 % en 2024, contre environ 5 % en 2019.

La modernisation de l'architecture réseau a ses défis techniques

La conception de Next Edge a nécessité de relever plusieurs défis. Mastercard a en effet dû faire passer des solutions de sécurité traditionnellement centralisées à un module distribué et les déployer sur des plateformes d'edge computing. Pour ce faire, Mastercard a créé une solution d'accès sécurisé pour effectuer l'authentification et l'autorisation à la technologie et s'est associé à des fournisseurs de cloud public pour les services de sécurité financière. En outre, Mastercard doit offrir ses services de paiement sans hésiter, en garantissant des interfaces réseau à haut débit, à faible latence et à débit élevé avec des piles technologiques modernes. Pour obtenir des performances comparables à celles de son interface actuelle, qui contrôle la connexion et envoie et reçoit des octets bruts, Mastercard a adopté le streaming bidirectionnel gRPC, une technologie open source d'appel de procédure à distance haute performance qui peut fonctionner dans n'importe quel environnement.

La clé de ce travail a été de ne pas « imposer des changements radicaux » à la structure du réseau et aux systèmes complémentaires, ce qui a obligé l'équipe technique de Mastercard à s'assurer que ce réseau périphérique était rétrocompatible avec l'architecture précédente, explique Ed McLaughlin. Mastercard a lancé le projet Next Edge, qui a remporté le prix FutureEdge 50 de CIO 2021 pour avoir fait preuve d'innovation avec les technologies émergentes, au troisième trimestre 2019.

Mastercard, loin d'être novice

Partiellement déployée au deuxième trimestre 2020, la solution fonctionne actuellement en Amérique du Nord, Europe et Amérique latine sachant que le déploiement dans les régions d'Asie-Pacifique reste en cours. Malgré cela, le développement de la solution par Mastercard n'en est guère à ses débuts. Elle compte actuellement plus de 3 700 points de vente dans le monde et dessert plus de 30 000 clients. Rien qu'en décembre 2020, ses points de vente ont traité plus de 10 milliards de transactions de paiement.

Grâce aux mises à niveau, Mastercard prévoit une augmentation à deux chiffres du volume du réseau provenant à la fois des banques et des clients bancaires non traditionnels, tels que les fintechs et les commerçants, avec un revenu des transactions non essentielles passant à 30% de son revenu global, au cours des 5 prochaines années. « C'est un bon exemple de prise de recul, qui a vu où le marché se dirigeait et qui a profité de ce changement pour offrir une portée beaucoup plus grande et davantage de services et de simplicité aux clients », conclut Ed McLaughlin.