En février 2020, la pandémie n’est pas encore la préoccupation majeure. Le monde vit, respire, sort et va au restaurant sans penser au Covid-19. Pour le milieu de la restauration, un rendez-vous phare les attend, celui de la Saint-Valentin. Pour TheFork (anciennement LaFourchette), la plateforme française de réservation de restaurants en ligne, c’est aussi une date clé à ne pas louper. Jour J, la plateforme note un pic record de trafic lié aux réservations faites en ligne. Elle rencontre alors rapidement des problèmes de scalabilité ce soir-là. L’expérience s’avère laborieuse, autant pour les restaurateurs que pour les clients finaux. En conséquence, l’entreprise décide d’accélérer la transformation de son infrastructure vers le cloud pour gagner en performance et s’adapter à une demande très fluctuante. Stephen Jannin, directeur de l'ingénierie des plateformes chez TheFork, relance alors le projet de migration sur AWS. Le projet, débuté en 2019, était alors resté au point mort.

Stephen Jannin cite plusieurs défis à relever, du fait du succès grandissant de TheFork. Cette croissance entraîne notamment un manque d’agilité lors de moments clés pour l’entreprise, où la plateforme enregistre des taux records de trafic. Elle fait également face à des problèmes de scalabilité récurrents et de maintenance de leur logiciel conçu en un seul bloc monolithe. L'entreprise se tourne vers AWS et choisit d’héberger ses services dans les datacenters du fournisseur à Paris, pour réduire au maximum la latence avec son hébergeur historique et réaliser une migration avec un minimum d’interruption de service. Stephen Jannin explique ainsi que les services managés d’AWS, notamment pour les bases de données avec Relational Database Service (RDS) qui viennent automatiquement avec le back-up et du monitoring intégré, sont un réel gain de temps dans cette transformation.

A l'occasion de l'événement AWS Summit qui s'est tenu à Paris en avril 2022, Stephen Jannin est revenu sur la migration de TheFork vers AWS. (Crédit : C.S.)

Une migration en deux temps

« Finalement nous avons mis quasiment deux ans et demi pour réaliser cette transformation, avec une migration en deux phases : une première où les gens ont commencé à refaire toutes les fondations technologies, par rapport à ce que l'on avait chez notre hébergeur privé. Dans un second temps, il a fallu repartir de zéro avec des containers, quelques services managés, notamment l’orchestrateur Kubernetes » détaille le responsable. L’entreprise précise avoir fait appel à Cloudreach – partenaire d’AWS – qui amène des solutions architect et project management, ainsi que des personnes qualifiées pour aider dans la migration.  

« Nous sommes plutôt gagnants puisque nous avons récupéré un savoir et des compétences technologique » précise Stephen Jannin. Il ajoute qu’en janvier 2021, près de 90 % de la production de TheFork est migrée sur AWS ; « en termes de scalabilité nous étions déjà bons mais il restait beaucoup « d'archéologie à faire ». Par archéologie, il entend le legacy comprenant des vieux datacenters avec dix ans d'historiques dedans, des bases de données et autres services complexes. De fait, l’entreprise se retrouve avec une base de données chez son hébergeur privé et des micro-services chez AWS. La dernière phase de la migration de TheFork démarre donc en 2021 et couvre les bases de données, trois architectures monolithiques (B2C, B2B et back-office), le routage réseau et les DNS. Une équipe composée d’Ops, d’architectes et de développeurs est mobilisée durant 9 mois.

Des premiers résultats prometteurs

Désormais, TheFork a la possibilité d’apporter une plateforme stable. « Grâce au potentiel du cloud, nous allons pouvoir améliorer notre productivité et accélérer la cadence de nos livraisons à nos clients internes. » explique Stephen Jannin. L’entreprise peut ainsi absorber instantanément un trafic multiplié par deux ainsi que doubler sa capacité toutes les minutes. « Avec la reprise post-Covid, bénéficier de cette agilité est idéal » précise-t-il, attribuant largement cela au cloud. Avec du recul, il confie qu’une migration « lift and shift » aurait apporté plus rapidement des bénéfices pour les performances, en s’appuyant sur des services d’hébergement cloud comme Amazon EC2.

La modernisation du système avec orchestrateur de service ou des bases de données managées aurait pu arriver dans un second temps. Toutefois, le choix de reconstruire des fondations solides puis de migrer a amené les équipes à réaliser un réel bond technologique. La migration étant achevée, les efforts de TheFork sont désormais dirigés vers l’optimisation et le monitoring des coûts de leur plateforme, la résilience, l’efficacité des développeurs avec la mise à disposition rapide d’environnements de développement à la demande.