L’actualité des centres de données orbitaux est très riche et mérite d’être suivie de près. De nombreuses entreprises continuent de faire des annonces liées à l'espace, et elles font toutes progresser l'informatique spatiale un peu plus loin. Et si ces projets ont pu être considérés comme « un peu fous » au départ, ils pourraient réellement apparaître dans les projets d'approvisionnement. Zoom sur les derniers événements du secteur et pourquoi ils sont importants.
Sophia Space s'associe au plus grand cluster de calcul en orbite
Avril 2026 : Kepler Communications, qui exploite le plus grand cluster de calcul actuellement en orbite, avec 10 satellites, environ 40 processeurs edge Nvidia Orin, tous reliés par laser optique, a ajouté un nouveau client à son portefeuille : Sophia Space, une start-up de Pasadena qui a levé 10 M$ en février pour construire des ordinateurs spatiaux à refroidissement passif. Dans le cadre de cet accord, Sophia va télécharger son logiciel propriétaire de centre de données orbital sur un satellite Kepler et tenter de le faire fonctionner sur plusieurs nœuds de calcul edge répartis sur différents engins spatiaux. Sophia prévoit ensuite de lancer son propre matériel fin 2027.
Deloitte met deux nouveaux satellites de cyberdéfense en orbite
Avril 2026 : Deloitte a annoncé que deux de ses satellites, Deloitte-2 et Deloitte-3, lancés le 29 mars depuis la base militaire américaine Vandenberg Space Force Base située dans le comté de Santa Barbara, Californie, sont désormais opérationnels. Ils rejoignent le satellite Deloitte-1, en orbite depuis mars 2025, qui, selon le cabinet, a parcouru plus de 240 millions de kilomètres, principalement dans le cadre de recherches en cyberdéfense. « Les trois satellites sont équipés de Silent Shield, le système de détection d'intrusion en orbite de Deloitte », indique l'annonce. À terme, le projet Constellation, nom donné à l'ensemble de l'initiative, devrait compter neuf satellites ainsi qu'une version purement logicielle de Silent Shield pouvant être déployée sur des satellites déjà en orbite, sans attendre un nouveau lancement. Certes, cette ne concerne pas à proprement parler un centre de données, mais à mesure que la puissance de calcul en orbite augmente, la question de savoir comment sécuriser un satellite dont on n'est pas propriétaire cesse d'être hypothétique.
Orbital fixe à 2027 la date de lancement de son premier satellite dédié à l'inférence de l’IA
Avril 2026 : Orbital, une entreprise de Los Angeles soutenue par a16z Speedrun, a annoncé que sa première mission d'essai, Orbital-1, serait lancée à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX en avril 2027. Le satellite embarquera des GPU Space-1 Vera Rubin de Nvidia, la puce de 2027 que ce dernier a présentée en avant-première lors de la conférence mondiale sur l'intelligence artificielle GTC en mars, et se concentrera spécifiquement sur les charges de travail d'inférence de l’IA plutôt que sur l'entraînement, selon l'annonce. « L'entraînement de grands modèles d'IA nécessite des milliers de GPU étroitement couplés », a déclaré le CEO Euwyn Poon dans le communiqué. « L'inférence est différente. Chaque requête est traitée indépendamment. » Orbital parie que l'inférence distribuée peut évoluer à l'échelle d'une constellation, chaque satellite traitant les charges de travail en parallèle. L’entreprise a également déposé une demande auprès de la FCC pour une constellation plus importante.
Lonestar annonce le premier service commercial de stockage de données dans l'espace
Avril 2026 : Lonestar Data Holdings a annoncé StarVault, qualifiée de « première plateforme de stockage de données souveraine dans l'espace au monde à être commercialement opérationnelle ». Le service sera lancé en octobre 2026 à bord de la mission LizzieSat-4 de Sidus Space. Selon le communiqué, StarVault n’est pas un centre de données à part entière : c’est un service de stockage de données doté de « capacités avancées de dépôt de clés cryptographiques ». Mais c’est le premier service spatial commercial de données que les entreprises peuvent réellement acheter. Lonestar indique que la demande émanant des gouvernements, des institutions financières et des opérateurs d’infrastructures critiques a déjà dépassé les attentes, et que l'entreprise a commandé une deuxième charge utile qui sera lancée l’année prochaine. Lonestar a déjà envoyé quatre centres de données de validation de concept dans l'espace, dont deux vers la Lune, selon l'annonce. La différence, c’est que StarVault est le premier centre de données conçu pour des clients payants.
Atomic-6 lance une place de marché pour l'achat de capacité orbitale
Avril 2026 : Atomic-6, une entreprise de systèmes spatiaux basée à Marietta, en Géorgie, a lancé ODC.space, une place de marché où l’on spécifie, tarifie et commande de la capacité de centre de données orbital de la même manière que l’on commanderait un rack auprès d’un fournisseur de colocation. Selon l’annonce, il est possible d’acheter soit un satellite souverain, où l’on dispose de l’ensemble du système, soit une colocation, où l’on loue de l’espace sur la capacité d’un tiers. Atomic-6 gère la construction, le lancement, l’octroi de licences et l’exploitation des engins spatiaux par le biais d’un réseau de partenaires. Le client doit juste choisir les processeurs et la charge de travail. Le délai de livraison est de deux à trois ans, un positionnement mis en avant par Atomic-6 en avance sur les délais des centres de données terrestres, qui dépassent désormais couramment les cinq ans. Les configurations de base commencent par des nœuds 1U sur des satellites d'une puissance nominale pouvant atteindre 100 kW. La connectivité commence à 1 Gbps. « Un rack dédié coûte 3,5 millions de dollars par mois », a indiqué Trevor Smith, CEO d'Atomic-6, au magazine spécialisé dans l'industrie spatiale Payload.
Nvidia se joint à la course aux centres de données dans l'espace
Mars 2026 : Lors de la conférence GTC organisée en mars, Nvidia a dévoilé son projet d'introduire l'IA et le calcul accéléré dans l'espace, rejoignant ainsi une multitude d'autres géants technologiques aux idées IT hors du commun. « Nous partons dans l'espace », a annoncé Jensen Huang, CEO de Nvidia, lors de la GTC. Avant de corriger pour dire : « Nous sommes déjà dans l'espace ». En effet, les puces de l’entreprise équipent déjà des satellites en orbite autour de la Terre. La nouveauté réside dans le fait que le fournisseur passe de déploiements isolés de ses puces sur des satellites à des projets à plus grande échelle. « Nous allons également construire des centres de données dans l’espace », a-t-il déclaré. « Pour se préparer, le groupe travaille sur une nouvelle version de sa plateforme phare de puces Vera Rubin », a indiqué M. Huang. « Elle va partir dans l’espace et y mettre en place des centres de données. » Selon Chen Su, responsable du marketing des produits IA edge chez Nvidia, le module Space-1 Vera Rubin sera disponible en 2027. L’entreprise a aussi annoncé la disponibilité de sa puce IGX Thor, qui apporte une performance de calcul huit fois supérieure à l’ancienne version du processeur de calcul IA spatial. L’IGX Thor est basée sur l’architecture Blackwell. À l'heure actuelle, les entreprises du secteur spatial utilisent généralement Jetson Orin, un système IA de Nvidia initialement conçu pour la robotique et d'autres applications d'IA à l'edge. « C'est le GPU le plus utilisé dans le domaine spatial », a affirmé M. Su. « C'est notre superordinateur embarqué dédié à l'IA. »

Commentaire