Après la mémoire, va-t-on vers une pénurie de batteries pour les datacenters utilisées en cas de panne ou d'incident ? C'est ce qu'affirme Panasonic Energy en révélant que ses clients hyperscalers se sont déjà engagés à acheter plus de 80 % de sa production de batteries prévue jusqu'en 2029. Cette annonce intervient alors que la société japonaise a dévoilé ses plans pour augmenter sa production pour répondre à la demande croissante liée aux traitements et charges de travail IA. Le groupe a déclaré détenir actuellement 80 % des parts du marché sur les batteries corroborant ainsi une enquête de Synergy Research de décembre 2025. Les autres concurrents sont Schneider Electric, Saft, Vertiv,... Le fournisseur a précisé que les engagements effectués avec les hyperscalers sont établis pour du long terme « afin de travailler à la conception de plateformes axées sur les générations actuelles et futures de sa technologie ».
Les autres clients opérateurs de datacenter et en colocation, se disputent ainsi moins d'un cinquième de la production prévue par Panasonic. Une tendance qui se retrouve à tous les niveaux des infrastructures IA. Les capacités HBM de Samsung, SK Hynix et Micron sont elles aussi épuisées jusqu'en 2026, les allocations étant largement concentrées sur ce même groupe de clients hyperscalers. « Il ne s'agit pas d'une série de pénuries isolées », a déclaré Sanchit Vir Gogia, analyste en chef chez Greyhound Research. Pour lui les grands fournisseurs de services cloud « ne se contentent pas de s'assurer l'approvisionnement en GPU et en mémoire. Ils s'assurent également l'infrastructure nécessaire pour rendre ces systèmes stables et déployables. »
Répondre aux défis énergétiques des datacenters IA
La firme japonaise a souligné que la cause principale de cette situation réside dans la consommation énergétique des charges de travail IA. Contrairement aux applications classiques, l'inférence et l'entraînement en consomment d'énormes quantités d'électricité par courtes rafales pour alimenter le traitement par GPU, provoquant une montée en flèche des pics de puissance et des fluctuations de tension. « Les pics de puissance de ces serveurs peuvent augmenter rapidement, et les tensions deviennent souvent instables », indique le fournisseur. « Garantir des alimentations électriques stables et hautement fiables est une nécessité absolue pour les centres de données IA. » Dans ses prévisions sur les tendances des datacenters pour 2025, Vertiv a quant à lui averti que les racks IA doivent gérer des charges pouvant « fluctuer en un clin d'œil d'un niveau de veille de 10 % à une surcharge de 150 % », nécessitant des systèmes UPS et des batteries présentant des densités de puissance nettement supérieures à celles offertes par l'infrastructure actuelle. Panasonic a déclaré que la solution qui gagne du terrain parmi les hyperscalers consiste à placer une unité de batterie de secours sur chaque rack de serveurs plutôt que de s’appuyer sur une infrastructure UPS centralisée en amont, absorbant ainsi l’instabilité de tension à la source. L’entreprise a indiqué que ses systèmes intègrent également une fonction de lissage des pics stockant l’électricité hors des heures de pointe et la déploie lors des pics de demande. Avec pour effet de réduire ainsi la consommation de pointe du réseau à un moment où la consommation liée à l’IA fait l’objet d’une surveillance réglementaire et des services publics de plus en plus stricte.
Plusieurs organismes de recherche indépendants sont parvenus à des conclusions similaires quant à la gravité du défi énergétique qui nous attend. Dans son rapport intitulé « Five Data Center Predictions for 2026 », l’Uptime Institute a déclaré que « les développeurs ne parviendront pas à devancer la pénurie d’électricité », et son analyste Max Smolaks a prévenu que la crise « risque de durer de nombreuses années ». L'AIE (agence internationale de l'énergie) prévoit que la consommation électrique mondiale des centres de données pourrait dépasser 1 000 TWh d'ici 2026, soit plus du double des niveaux de 2022, tandis que Gartner a averti que les pénuries d'énergie pourraient impacter 40 % des datacenters IA d'ici 2027. M. Gogia a indiqué que cette évolution va bien au-delà d'un simple remplacement de matériel. « Il ne s'agit pas d'une sauvegarde au sens traditionnel du terme. Il s'agit d'une stabilisation active », a-t-il déclaré. « L'alimentation électrique n'est plus passive. Elle se comporte comme un système dynamique avec des boucles de contrôle, des seuils de réponse et des exigences de surveillance continue. » La plupart des entreprises, a-t-il ajouté, ne sont pas prêtes. « De nombreux centres de données d'entreprise ont été conçus pour une autre époque : des densités plus faibles, des charges prévisibles et centralisées. La mise à niveau pour les charges de travail liées à l'IA nécessite une refonte, et pas seulement des mises à niveau. »
Une réorientation de la production pour Panasonic
Face à cette demande, la société a déclaré prendre des mesures spécifiques pour accroître son offre. Ainsi, elle prévoit de reconvertir ses lignes de production de cellules lithium-ion destinées à l'automobile pour les orienter vers les centres de données à partir de 2027, d'implanter une autre usine de modules à proximité de son site mexicain existant, et de développer, en collaboration avec Panasonic Industry des unités de secours en rack basées sur des supercondensateurs pour faire face aux pics de charge que les batteries lithium-ion seules ne peuvent absorber assez rapidement.
« La plus grande erreur que les entreprises puissent commettre actuellement est d'aborder cela comme un exercice d'approvisionnement de dernière minute », a prévenu M. Gogia. « On ne commence plus par la puissance de calcul. On commence par la disponibilité de l’alimentation, l’état de préparation du site et la compatibilité de l’infrastructure. De nombreuses installations prétendront être prêtes. Mais elles sont bien moins nombreuses à avoir été réellement conçues pour cela. »

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