L’IA ne se limite plus aux logiciels de gestion documentaire ou aux services hébergés dans le cloud. Elle s’intègre désormais directement aux imprimantes et aux multifonctions, dont les capacités de calcul permettent d’embarquer de nouvelles fonctionnalités. Pour le Syndicat national des entreprises de systèmes et de solutions d’impression (Snessi), cette évolution s’inscrit dans une transformation engagée depuis plusieurs années : l’intégration progressive des équipements d’impression au système d’information des entreprises.

Connectés aux réseaux depuis longtemps, ces matériels sont devenus de véritables composants de l’environnement informatique des organisations. L’IA renforce cette convergence en facilitant le traitement des documents, en anticipant les besoins de maintenance et en contribuant à la sécurisation des équipements et des échanges.

Trois axes : maintenance, traitement documentaire et sécurité

 

Les applications de l’IA dans le secteur s’articulent principalement autour de trois axes. Le premier concerne la maintenance prédictive. Grâce aux capteurs intégrés aux équipements, les constructeurs peuvent analyser leur fonctionnement et anticiper certaines interventions, afin de limiter les opérations de maintenance et d’améliorer la disponibilité des machines. Le deuxième axe porte sur le traitement documentaire. La reconnaissance optique de caractères (OCR) constitue déjà un usage historique de l’IA dans le secteur. Les possibilités s’étendent désormais à des opérations plus avancées, comme la traduction automatique. « Vous pouvez scanner un document. L’IA embarquée va traduire ce document automatiquement et le réimprimer dans une autre langue », explique Benjamin Claus, directeur Marketing et Communication chez Kyocera.

Enfin, la cybersécurité prend une place croissante. Certaines fonctionnalités permettent de contrôler les opérations effectuées sur les équipements en fonction du contenu des documents. « On va reconnaître le mot “confidentiel”, puis demander un code, voire interdire complètement la copie de ce document », illustre Benjamin Claus. L’objectif est de renforcer la protection des informations sensibles tout en limitant les risques liés à l’utilisation des équipements connectés.

Des fonctionnalités supplémentaires sans hausse annoncée du coût à la page

 

Dans un marché de l’impression soumis à une forte pression concurrentielle et à une baisse continue des volumes, l’intégration de l’IA ne devrait pas, selon le Snessi, entraîner de hausse mécanique des coûts pour les clients. « On va continuer à apporter des fonctionnalités supplémentaires pour un coût à la page qui, lui, va rester, on l’espère, relativement stable », explique Tanguy Bouffard, directeur général de Rex Rotary et président du Snessi.

Il reste toutefois difficile de quantifier précisément les investissements liés à l’IA, ceux-ci étant généralement intégrés aux budgets informatiques globaux des entreprises. Du côté des constructeurs, les fonctionnalités sont proposées soit en standard, soit sous la forme d’applications complémentaires ou de licences à activer. « Aujourd’hui, principalement, c’est par le biais d’applications, de logiciels supplémentaires, de fonctionnalités à débloquer », précise Benjamin Claus.

Pour l’heure, le marché ne semble pas s’orienter vers une généralisation des abonnements mensuels spécifiquement dédiés à ces fonctions. Les coûts supplémentaires de formation devraient également rester limités pour les clients, les fonctionnalités étant conçues pour s’intégrer à l’utilisation habituelle des équipements. « La formation, elle est la même », indique Tanguy Bouffard. En matière de cybersécurité, l’enjeu consiste surtout à inclure les imprimantes et les multifonctions dans les audits existants, afin de ne pas laisser ces équipements en marge de la protection du système d’information.

Des gains de productivité encore difficiles à quantifier

 

Si l’IA promet des gains de productivité et une amélioration de la qualité de service, leur mesure reste complexe. Le Snessi ne dispose pas, à ce stade, de données sectorielles permettant de chiffrer précisément les bénéfices obtenus. « C’est très difficile à chiffrer parce qu’on n’a pas de chiffre de départ », reconnaît Tanguy Bouffard. Dans les activités tertiaires, les entreprises disposent rarement d’indicateurs suffisamment précis pour mesurer l’évolution de la productivité des collaborateurs.

Les gains attendus se situent notamment dans l’automatisation du traitement documentaire et la réduction des tâches manuelles. En convertissant un document numérisé sous forme d’image en texte exploitable, l’IA facilite l’extraction des informations et leur transmission vers les applications métier. « L’idée, c’est qu’en fait, le copieur est un point central, une espèce de hub documentaire », explique Tanguy Bouffard. Une facture entrante peut ainsi être orientée vers un système de paiement, tandis que d’autres documents alimentent les outils de gestion des ressources humaines. « Les gains de productivité, ils sont là par l’interconnexion entre les ERP et les CRM et le fait d’ éviter qu’on ait de la saisie manuelle », précise-t-il. À ces gains s’ajoutent des bénéfices plus directement perceptibles par les utilisateurs, comme la traduction automatique ou l’amélioration de la qualité d’impression.