Longtemps considéré comme un simple périphérique, l’équipement d’impression est devenu un maillon du SI, avec ses propres enjeux d’accès, de protection des données, de sécurité réseau et de supervision.

L’incident survenu lors du sommet Trump-Poutine d’août 2025 en Alaska en a fourni une illustration particulièrement parlante : des documents préparés pour l’organisation de la rencontre ont été retrouvés dans l’imprimante d’un hôtel. Ils contenaient notamment des informations pratiques sur le sommet et les coordonnées de trois membres du personnel américain.

Mais le risque n’est pas seulement celui du document oublié. Les échanges entre le multifonction et les autres composants du SI constituent eux aussi une surface à sécuriser.

Un équipement trop souvent hors du radar du RSSI

« Historiquement, la gestion des copieurs et imprimantes ne relevait pas des systèmes informatiques, mais des plutôt de achats ou des services généraux. » rappelle Benjamin Claus, Directeur Marketing chez Kyocera Document Solutions France. Dès lors que les équipements sont devenus connectés au réseau, cette séparation a progressivement perdu son sens. Le RSSI est d’ailleurs de plus en plus associé aux projets, constate-t-il, mais parfois encore trop tard, « en fin de consultation ».

Selon le cabinet d’étude Quocirca[1], 67 % des organisations interrogées en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis déclarent avoir subi une perte de données liée à l’impression au cours des douze derniers mois. Dans le même temps, l’infrastructure d’impression reste moins souvent considérée comme une priorité de sécurité que d’autres actifs IT.

Le premier réflexe doit donc être simple : faire entrer le parc d’impression dans l’inventaire des actifs à protéger et dans les politiques de sécurité existantes

Quand le document attend son propriétaire…

Lorsqu’un collaborateur lance une impression depuis son poste, le document peut être exposé avant même qu’il arrive devant l’imprimante. Le risque est encore plus évident en environnement hybride, lorsque l’impression est déclenchée à distance. 

L’impression sécurisée avec libération à la demande permet d’éviter ce scénario. Le document reste en attente jusqu’à ce que son propriétaire s’identifie devant le multifonction, par badge, code ou autre moyen d’authentification.

La même logique vaut pour la copie et la numérisation. « Il faut d’abord identifier l’utilisateur qui se trouve devant le copieur, puis lui attribuer les droits correspondant à son profil », explique Benjamin Claus. Un utilisateur peut ainsi être autorisé à imprimer et copier, sans pouvoir scanner un document vers l’extérieur.

Le contrôle des accès doit donc couvrir l’ensemble des fonctions sensibles du multifonction, et pas seulement la libération des impressions.

Ne pas négliger la mémoire

La confidentialité ne s’arrête pas lorsque le document quitte le bac de sortie. « Un copieur, c’est aussi un ordinateur », rappelle Benjamin Claus : mémoire, processeur et stockage permettent aux opérations d’impression, de copie ou de numérisation de laisser des traces sur l’équipement.

La protection passe par plusieurs mécanismes : chiffrement des données stockées, effacement ou écrasement des informations, contrôle des accès au stockage et sécurisation des communications.

Il faut aussi penser au devenir des équipements lors de leur réemploi ou reconditionnement. « Appliquer une logique d’économie circulaire est une excellente initiative, mais lorsqu’un copieur passe chez un autre client, il faut s’assurer que toutes les informations ont bien été effacées », souligne Benjamin Claus.

Une porte d’entrée vers le réseau

Le risque ne concerne pas uniquement les données présentes dans la machine. Connecté au réseau, le multifonction peut aussi servir de point d’appui pour atteindre d’autres ressources.

C’est le cas typique de l’attaque « par rebond » : « L’objectif du hacker n’est pas nécessairement d’attaquer le copieur lui-même, mais de l’utiliser comme point d’entrée pour accéder au reste du réseau » précise Benjamin Claus.
La réponse consiste à limiter son exposition : restreindre ses communications aux seuls services nécessaires, sécuriser les échanges et contrôler ses accès réseau, comme pour tout autre équipement connecté. Sa configuration doit également être régulièrement vérifiée : mots de passe administrateur robustes, mises à jour et désactivation des fonctions inutiles.

La philosophie n’est pas de considérer chaque multifonction comme une menace potentielle, mais de ne plus lui accorder une confiance particulière au seul motif qu’il s’agit d’une imprimante.

Sécuriser ne suffit pas : il faut aussi surveiller

Sécuriser un parc ne consiste pas seulement à le configurer correctement. Encore faut-il pouvoir détecter ce qui s’y passe et réagir en cas d’anomalie. Journaux d’événements, alertes de sécurité et remontées centralisées permettent de suivre l’activité des équipements et d’intégrer les incidents d’impression dans les dispositifs de supervision du SI.

Benjamin Claus cite notamment le protocole Syslog, qui permet de faire remonter les événements de sécurité des équipements vers un système central : « Une alerte détectée sur le multifonction peut ainsi être transmise au système de gestion des événements de sécurité de l’entreprise. » Le multifonction peut alors être supervisé selon les mêmes principes que les autres équipements connectés.

Cette intégration répond à une évolution plus large. Dans l’étude « Print Security Landscape 2026 » précitée, Quocirca indique que 84 % des décideurs IT interrogés jugent importante l’intégration des plateformes de gestion des identités avec les dispositifs de contrôle d’accès à l’infrastructure d’impression.

La sécurité d’un parc d’impression se construit donc dans la durée : elle suppose de pouvoir détecter, centraliser et traiter les événements au même titre que ceux des autres actifs du SI.

Sécuriser l’impression : 5 questions essentielles à se poser

  1. Les impressions sont-elles libérées après authentification ?
    Si ce n’est pas le cas, les documents confidentiels peuvent rester accessibles sur le bac de sortie.

  2. Qui peut utiliser les fonctions de copie et de numérisation ?
    L’authentification doit permettre d’appliquer des droits différenciés selon les utilisateurs.

  3. Que deviennent les données stockées dans les équipements ?
    Chiffrement, effacement et procédure de fin de vie doivent être vérifiés.

  4. Les équipements sont-ils protégés et surveillés comme les autres actifs du SI ?
    Les communications, les paramètres de sécurité, les journaux et les alertes doivent faire partie du dispositif de contrôle.

  5. Le fournisseur et les logiciels de gestion du parc sont-ils eux-mêmes évalués ?
    Une plateforme de gestion ou un agent installé dans le réseau de l’entreprise constitue lui aussi un élément de la chaîne de sécurité.

 

[1] Source : Quocirca Print Security Landscape 2026