Entretien
Nathalie Kosciusko-Morizet

Nathalie Kosciusko-Morizet
Secrétaire d'Etat à la Prospective et au Développement de l'économie numérique
par
Emmanuelle Delsol
(21/03/2009) -
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Les chapitres de cette interview
Davantage de développement durable dans le numérique
Des mesures pour réduire l'impact des TIC de l'état?
Les projets TIC prioritaires pour l'environnement
Le télétravail
La mauvaise image d'Internet
Le Grenelle des antennes
Les femmes et le numérique
- Davantage de développement durable dans le numérique -
Bonjour madame la ministre. Les technologies de l'information et de la communication étaient plutôt absentes du Grenelle de l'environnement. Vous venez du ministère du Développement durable, vous arrivez au secrétariat d'Etat au Développement de l'économie numérique. Comptez-vous injecter davantage de développement durable dans votre fonction et plus particulièrement, dans le plan France numérique 2012 ?
Bien sûr, moi je suis convaincue que c'est au frottement entre les green tech et les technologies de l'information et de la communication qu'il y a les plus belles ruptures, en fait. Celles sur lesquelles peut se construire une société de demain à la fois moderne et sobre. Une société économe des flux d'énergie et de matière qui traversent notre quotidien. C'est vrai que les TIC étaient assez peu présentes dans le Grenelle de l'environnement, comme un certain nombre d'autres sujets qui auraient eu vocation à y être et qui n'étaient pas particulièrement représentés dans le tour de table. Forcément un tour de table, c'est assez limitatif. C'est la raison pour laquelle, au même moment, on a fait une mission, avec le Commissariat général au développement durable et le CGTI [Conseil général des technologies de l'information] sur « qu'est-ce que les TIC pourraient apporter au développement durable ? » Notamment, à la lutte contre le changement climatique.
C'est très intéressant. Vous savez, il y a toujours cet espèce de double point de vue sur les technologies de l'information et de la communication. Est-ce qu'elles sont consommatrices d'énergie, et il faut avant tout réduire leur consommation en énergie ? Ou est-ce qu'il faut les développer dans tous les secteurs pour pouvoir réduire notamment les flux d'énergie. Et en fait, le travail qui avait été fait réconciliait les deux points de vue. Disant que les technologies de l'information et de la communication permettaient sur les usages d'économiser entre une et quatre fois, dans les autres secteurs, ce qu'elles dépensaient en matière d'énergie dans le leur propre. C'était un point de vue très lutte contre le changement climatique. Et on peut augmenter ce facteur de un à quatre. C'est à dire qu'on a bien les deux enjeux. Réduire la consommation en énergie de ces technologies. Mais aussi les développer. Donc, les réduire à l'unité, mais les développer dans leur usage car leurs usages sont des usages qui nous amènent à mieux gérer, à optimiser en fait, les flux d'énergie et de matière qui traversent nos sociétés.
Très concrètement, actuellement, il y a 13% de l'électricité je crois, qui est utilisée sur les TIC. C'est beaucoup, 13%. Ça veut dire que c'est par exemple une part considérable des usages domestiques. Et c'est une part qui a tendance à croître. On est bien en proportion. On envisage d'ici quelques années que cette part atteigne les 20%. Donc on a un double objectif. Réduire cette proportion. La réduire en matière d'énergie, je parle d'énergie, mais c'est aussi la réduire en matière de flux de matière. C'est le programme, par exemple, Ordi 2.0, qui est un programme à visée pouvoir d'achat. Des ordinateurs accessibles pour pas trop cher. Mais aussi derrière, recyclage. Pourquoi jeter des ordinateurs qui peuvent encore marcher ? ça c'est un peu le B.A.BA en quelque sorte. Optimiser le secteur lui-même. Mais par ailleurs, utiliser l'énorme potentialité du secteur, pour pouvoir optimiser les autres secteurs.
C'est par exemple des applications comme les réseaux intelligents, qui sont la condition sine qua non du développement de certaines technologies. On parle beaucoup de voitures électriques. La voiture électrique, ça ne sera possible qu'avec le développement de réseaux intelligents. Sinon, qu'est-ce qui se passe ? Quand tout le monde rentre chez soi, le soir, à 19h. Boom, plug in. Et on a déjà un pic quand les gens rentrent chez eux, le soir à 19h, de demande d'électricité. Là, on explose le système. Et ça veut dire qu'on passe sur des centrales à gaz, parce que le nucléaire fait la base, et ne monte pas en puissance comme ça. Il faut avoir un réseau intelligent qui lisse la charge. Vous branchez votre voiture quand vous rentrez le soir, mais elle ne se recharge pas tout de suite. Le réseau gère la recharge pendant la nuit de tous les différents véhicules.
C'est aussi des applications pour la domotique. Une entreprise par exemple, comme Vizelia, qui utilise des applications type web 2.0 pour optimiser le flux d'énergie à l'intérieur de la maison ou à l'intérieur du bureau, à l'intérieur du bâtiment. C'est toutes ces applications-là qui sont en fait le deuxième effet des technologies de l'information, enfin de l'association entre technologies de l'information et de la communication, et green tech.
La liste des chapitres
A suivre : - Des mesures pour réduire l'impact des TIC de l'état? -