Pour la dixième année consécutive, le cabinet Lecko vient de diffuser son « Etat de l'art de la transformation interne des organisations. » Ce document comprend toujours l'étude des solutions collaboratives du marché (pas seulement les RSE) : 60 ont été examinées cette année. A cette partie traditionnelle s'ajoute cette année un benchmark des pratiques de 37 grandes entreprises représentant 466 000 utilisateurs actifs, le tout sur quatre ans. De plus, une enquête issue d'un partenariat avec Yougov a permis d'interroger sur leurs pratiques un panel de 1000 salariés représentatifs des entreprises de plus de 5000 salariés. Enfin, une étude secondaire, basée sur 300 sources documentaires, des transformations des firmes du CAC 40 achève le document.

Le premier problème soulevé par Lecko est l'absence de définition consensuelle du concept même de transformation digitale. Lecko prend le parti d'y inclure toute transformation de la culture, des usages et des pratiques quotidiennes en relation avec le numérique et visant à plus d'agilité et de collaboration. Lecko a voulu intégrer dans son travail le Shadow-IT (qu'il veut renommer « alter-IT ») car celui-ci créé aussi de la valeur. L'étude Yougov a permis de mesurer l'appétence des salariés de grands comptes à cette transformation digitale. Ainsi, 83 % des répondants estiment avoir besoin de collaborer autant avec leurs équipes que leurs pairs. L'outil privilégié reste l'e-mail dans les deux-tiers des cas. « Est-ce décevant ? Non, car le chiffre était de 100 % il n'y a pas si longtemps » a jugé Arnaud Rayrole, DG du cabinet Lecko. Il a ajouté que les transformations en cours s'opéraient sur le temps long. Ne pas être trop pressé s'impose donc.

Des usages à la traîne

De fait, toujours selon l'enquête de Yougov, seulement un cinquième des salariés pratiquent effectivement une collaboration numérique digne de ce nom avec, par exemple, de la co-édition en ligne ou de la collaboration ubiquitaire. Si l'engagement sur les outils collaboratifs progresse régulièrement, il reste très hétérogène selon les entreprises. Le BYOx reste très présent, 49 % des salariés utilisant leurs propres outils pour collaborer, 88% utilisant leur propre smartphone. Et, conséquence attendue, le shadow-IT est très présent en la matière avec, notamment, un important usage de Facebook (27%) et de Whatsapp (21%). La migration s'opère donc plus ou moins doucement de l'e-mail vers des outils tels que les messageries instantanées. Lecko observe que l'usage professionnel se calque sur l'usage personnel avec une croissance du nombre d'émoticones, de gifs, etc.

Cette hétérogénéité se retrouve chez les entreprises du CAC 40 dont les pratiques ont été étudiées sur quatre ans par analyse de 300 sources documentaires sans interrogation directe. La grille d'analyse a porté sur six domaines (DG, métiers, ressources humaines, innovation, DSI et communication). Lecko a défini plusieurs niveaux de maturité et classé les entreprises en conséquence. Une douzaine a ainsi un niveau faible, dit « actions de surface », parmi lesquels des géants comme Veolia et Vivendi. Un peloton de 11 entreprises est focalisé sur la technologie sans transformation durable profonde (Airbus, Vinci, LVMH...). 13 firmes ont des actions de fond (Michelin, L'Oréal, Société Générale, BNP Paribas...). Enfin, quatre seulement opèrent une transformation durable : Accor Hôtels est en pôle position, suivi de Orange, Schneider Electric et Axa. Parmi les réalisations exemplaires, Lecko a voulu mentionné les outils d'interactions avec les patients diabétique de Sanofi, les incubateurs de start-ups Village By CA du Crédit Agricole ou les chatbots et l'IoT chez Schneider Electric.

Des technologies qui, pourtant, progressent

Si les usages sont à la traîne, les outils, eux, continuent de progresser. Pour Lecko, il n'existe pas de leader incontestable du collaboratif. Selon Arnaud Rayrole, aucun outil ne permet de couvrir parfaitement tous les usages. Et il y a de très grandes différences entre des suites collaboratives généralistes (Office 365, G-Suite...) et des ultra spécialistes focalisés sur quelques usages (Slack, Whaler, Facebook Workplace...). L'étude détaille les points forts et les défauts de chaque solution.

Arnaud Rayrole reste partisan de la multiplication des outils, en fonction des usages de chaque équipe. Mais il regrette que la plupart des entreprises souhaitent disposer d'un RSE unique, avec un nivellement par le bas induit. Le DG de Lecko admet cependant qu'un modèle composite bénéficierait de davantage de compatibilité et de communication entre les outils. Cette limitation de la communication entre outils pose d'ailleurs des problèmes de récupération des informations lorsque le logiciel est arrêté par son éditeur, comme prochainement Bluekiwi, stoppé par Atos.