Si, en France, le port d’un masque chirurgical n’est toujours pas très répandu dans les rues et les transports en commun, ce n’est pas le cas en Asie où les personnes masquées prolifèrent dans les villes. Les services de sécurité chinois, qui utilisent certains des systèmes de surveillance électronique parmi les plus sophistiqués au monde avec des caméras un peu partout dans les rues, les restaurants et les espaces publics, et même sur le nez des policiers pour contribuer au fameux scoring social (Social Credit System) déjà en place dans plusieurs provinces, se retrouvent aujourd'hui face à un obstacle de taille : identifier les personnes portant un masque.

Le problème se pose aussi pour la validation de certaines actions quotidiennes en Chine : l’ouverture des portes d’entrée sécurisées de nombreux bâtiments et la validation des transactions depuis un smartphone ne fonctionnent plus avec un masque. Mais grâce à la reconnaissance facile on peut aussi commander un repas dans un fast food KFC, payer ses courses dans les supérettes 7-Eleven, les boulangeries WeDomé et les supermarchés CP Lotus, passer le portillon du métro ou pour embarquer dans un avion. Il est bien sûr possible de retirer son masque, pas si utile que ça selon les médecins contre le coronavirus, mais alors pourquoi sortir avec un masque. Si des chercheurs de l’Université de Cambridge ont déjà développé un algorithme d'apprentissage machine pour localiser 14 points clés du visage - les points nodaux que le cerveau humain analyse lorsque nous regardons le visage d'une personne - avec un taux de réussite de 55% et Panasonic la solution Face Pro capable d’exploiter tous les angles disponibles d’un visage - même masqué - pour reconnaître une personne, ce n’était pas encore suffisant pour les services de sécurité chinois.

 

La solution Face Pro de Panasonic s'attaque aussi aux individus masqués.

Basée à Pékin, la société Hanwang Technology, également connue sous le nom Hanvon, indique avoir mis au point une technologie capable de reconnaître avec succès les gens même lorsqu'ils portent des masques. “S'il est connecté à un capteur de température, notre solution peut mesurer la température corporelle tout en identifiant le nom de la personne, puis le système traiterait le résultat, par exemple, s'il détecte une température supérieure à 38 degrés", a déclaré Huang Lei, vice-président de Hanwang à l’agence Reuters. "Lorsque vous portez un masque, le taux de reconnaissance peut atteindre environ 95%, ce qui peut garantir que la plupart des gens peuvent être identifiés", a déclaré Mr Huang à Reuters, ajoutant que le taux de réussite des personnes sans masque est d'environ 99,5%. Pour réussir à identifier des personnes avec un masque chirurgical ou des lunettes de soleil, Hanwang a développé une solution à partir d’une base de données dotée de 6 millions de visages non masqués et d’une base de données beaucoup plus petite de visages masqués. Deux plateformes sont proposées par la société : la première effectue une identification monocanal des personnes - masquées ou pas - qui est utilisée, par exemple, aux entrées des immeubles de bureaux. La seconde, plus performante , repose sur un système de reconnaissance multicanal qui recoupe les plans de plusieurs caméras pour reconstituer un visage et obtenir une identification.

Un ingénieur de Hanwang Technology assure le bon fonctionnement de la solution d'identification utilisée par la police chinoise. (Crédit D.R.)

En France, si les expérimentations de contrôle d'accès par reconnaissance faciale dans deux lycées à Marseille et Nice ont été invalidées par le Tribunal Administratif les systèmes se sont généralisés dans les gares (Eurotunnel) et les aéroports (CDG) pour accélérer le contrôle des passagers. Le Gouvernement est également prêt à tester la reconnaissance faciale pour les images de vidéosurveillance. Selon Cédric O, secrétaire d’État au numérique, dans les colonnes du Parisien, mardi 24 décembre 2019, le projet serait supervisé par « la société civile et des chercheurs » avec pour ambition de mesurer « les performances réelles » de la technologie et « avoir des retours sur les différents cas d’usage ». En novembre dernier, la CNIL a publié un document de synthèse pour rappeler les enjeux et expliciter les questions posées et la députée Paula Fortezza a été nommée rapporteuse d’une mission sur l’identité numérique (remplacé au début mars par le député Jean-Michel Mis) dans laquelle le sujet sur la reconnaissance faciale sera bien évidemment abordé. Notamment le projet Alicem, une application qui permet l’« authentification en ligne certifiée sur mobile ».