Jean-Philippe Clément, cofondateur et animateur du site netpolitique.net, revient sur les enjeux de l'utilisation du Web dans la campagne présidentielle. Lemondeinformatique.fr : Comment est né Netpolitique.net ? Jean-Philippe Clément : C'était en 2000, nous étions trois amis qui sortaient à peine des études, à Sciences-Po. Il se passait déjà beaucoup de choses sur le Net, mais pas en France. Nous avons monté ce site par passion pour ce qui relève de la communication politique sur Internet. Et nous nous en occupons toujours, même si nous n'en vivons pas : nous avons chacun une activité par ailleurs. Il y a bien sûr plus d'activité pendant les campagnes électorales, mais entre-temps nous nous penchons sur d'autres sujets, comme l'e-administration. Avez-vous observé de grandes étapes en matière de communication politique sur Internet ? Les grandes dates, ce sont les élections, qui font faire à chaque fois un bond en avant dans les usages. Typiquement, alors que la vidéo existe depuis plus de deux ans sur le Web, son usage explose vraiment avec cette élection présidentielle. Il faut aussi noter qu'une fois arrivés au pouvoir, les hommes politiques ont pris conscience de l'intérêt d'Internet, et réutilisent l'outil pendant leur mandat. L'Internet public fait des bonds à ce moment-là. Cette élection marque-t-elle un tournant en matière de campagne sur le Web ? 2007 est le scrutin de la professionnalisation de la communication politique sur le Net, de la prise au sérieux. En 2002, les hommes politiques se disaient plutôt « on va laisser les jeunes s'amuser ». Aujourd'hui, le dispositif est complètement intégré au dispositif de campagne. Pour tous les candidats. Comment expliquez-vous ce changement d'attitude ? Est-ce dû au débat sur la Constitution européenne, au débat sur la Dadvsi (loi sur les droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information), à l'impact de Loïc Le Meur (premier blog français en audience, et militant déclaré de Nicolas Sarkozy) ? C'est vraiment ce qui s'est passé au moment du TCE [le traité sur la Constitution européenne, NDLR] qui a fait prendre conscience aux politiques qu'il fallait prendre la parole sur le Net. L'impact de la Dadvsi est moins important. Cela a surtout amené les ministres à faire attention ; le ministre de la Culture avait par exemple dans sa ligne de mire un projet de labellisation des blogs, il a abandonné l'idée après la Dadvsi... Quant à Loïc Le Meur, eh bien, tous ceux qui ont participé à faire comprendre aux politiques qu'Internet était un canal indispensable ont joué un rôle, mais bon, la vraie prise de conscience est liée au TCE, comme le RTGI (la cartographie de la blogosphère par l'Université de Compiègne) l'a montré : le non était écrasant par rapport au oui. Le non s'est construit aussi sur le Web, or les politiques sont passés à côté car le oui était omniprésent dans les médias. Accordons-nous une trop grande importance au Web en général et à la blogosphère en particulier, alors qu'il ne s'agit encore que d'un microcosme, si on considère la population française dans son ensemble ? C'est vrai qu'Internet, en trafic direct, cela ne représente pas grand chose, que les blogueurs n'ont pas un trafic mirobolant, mais il y a un effet loupe. On sait que ce qu'on publie sur le Web peut ressortir car les médias s'y intéressent, et les médias s'y intéressent parce qu'il s'agit d'un phénomène nouveau. C'est typiquement ce qui est arrivé avec la rumeur sur l'ISF et le couple Hollande-Royal : elle a couru un moment, puis a fini par sortir. Il y en aura d'autres comme ça. Car les médias ne peuvent pas ne pas en parler. Ils ont raison de le faire, c'est légitime. Et c'est ce qui donne de l'influence à la blogosphère. Aux Etats-Unis, le sénateur Allen était donné archi-vainqueur, il n'avait que quelques semaines à tenir avant les élections, mais une vidéo sur le Net l'a montré en train de traiter un cameraman de macaque... En France, le Canard enchaîné s'est par exemple servi de la vidéo du Net montrant le nombre de militants présents au congrès de l'UMP lors de l'investiture de Nicolas Sarkozy. Cette élection est vraiment celle de la vidéo.