À l’heure où les éditeurs de LLM grand public cherchent toujours à rentabiliser leurs offres pour faire face aux coûts colossaux d'entraînement et d'inférence, les fournisseurs de plateformes professionnelles comme les ERP sont, eux aussi, dans cette phase de réflexion, à l’image de Sage. « L'IA générative et agentique chez Sage aura bien un modèle de monétisation mais nous avons fait le choix de ne pas la facturer immédiatement, et ce choix est délibéré parce qu'on est encore dans une phase exploratoire, précieuse, autant pour nos clients que pour nous », reconnaît Mickael Mina, responsable IA chez Sage. En effet, de par sa cible (PME), l’éditeur perçoit pour l’heure l'IA comme un vrai vecteur de valeur. « La facturer comme un add-on premium dès maintenant, c'est pour nous créer une barrière à son adoption dans cette phase d’exploration. C'est aussi une question de démocratisation : les PME ont longtemps été les laissées-pour-compte de l'innovation technologique. L'IA peut changer cela à condition qu'on ne reproduise pas les mêmes barrières d'accès qu'avec les générations technologiques précédentes », poursuit-il. Chez Divalto, l’assistant conversationnel IA actuel est aussi compris dans le forfait sans frais supplémentaire. « Aujourd’hui, pour l’exploiter, il suffit d’un abonnement utilisateur », confirme Christian Dhinaut.
De son côté, Cegid n’est pas non plus au stade de monétiser Pulse. « Nous supportons les coûts car son usage est maîtrisé », précise Vianney Donadoni. Mais demain, avec l’arrivée des agents IA et d’une plateforme permettant de les créer, l’éditeur français réfléchit à un modèle de tarification basé sur la consommation, plus précisément vers un dispositif de forfaitisation en fonction des tokens consommés. Pour un grand éditeur comme SAP, déjà plus avancé, la tarification est déjà fixée sur une logique de forfaitisation par persona (par profil d’utilisateur) et par mois, un peu comme un forfait téléphonique. Rappelons que SAP a mis en place les SAP AI Units (monnaie virtuelle), lesquelles se présentent sous la forme d’une enveloppe globale permettant aux clients d'activer et de consommer des fonctionnalités d'IA premium, quelle que soit la solution dans son portefeuille cloud. Les forfaits de consommation des AI Units sont ensuite déduits en fonction du profil de l'utilisateur actif.
Cette notion de crédits liés aux actions de l’utilisateur est aussi la voie de réflexion de Divalto pour son IA agentique, bien plus compréhensible que les tokens qui, selon Christian Dhinaut, sont difficiles à appréhender pour les clients. Enfin, Oracle a plutôt une approche hybride : si de base l’IA générative et agentique sont incluses dans l’abonnement Fusion Cloud ERP, certains agents spécifiques sont payants ; de même, l’accès à la plateforme Studio est fixé au nombre d’utilisateurs. De plus, il peut y avoir des coûts variables en fonction de la consommation des ressources dans son cloud OCI.
Un ROI d’abord visible sur le temps économisé et sur les décisions
Du côté des clients, le ROI de l’IA générative et des agents IT dans les ERP est surtout visible sur le temps gagné avec la hausse de la productivité et des décisions accélérées. « L'IA traditionnelle nous donne déjà des résultats concrets et mesurables via l'automatisation de la saisie des factures, le rapprochement bancaire en continu, le lettrage automatique, etc. Tout cela nous permet de diviser par deux le temps de clôture en passant de 7 jours en moyenne à 3-4 jours, selon notre récente étude. À l’heure de l’IA générative, nous avons la conviction de faire mieux car aujourd'hui, un DAF ou un comptable passe encore beaucoup de temps à naviguer dans des menus, à chercher la bonne information, à construire ses requêtes. Avec Sage Copilot, il pose sa question en langage naturel et obtient une réponse immédiate, structurée, avec les actions à prendre », explique Mickael Mina. Bien sûr, avec les agents IA, on va plus loin, l'agent vérifie lui-même la correspondance facture/bon de commande, détecte l'écart, et peut même contacter le fournisseur pour clarifier avant que l'erreur ne se propage dans la comptabilité. On passe d'une détection passive à une correction proactive. Enfin, à en croire nos interlocuteurs, le gain sera encore plus visible sur la qualité des décisions, surtout lorsqu’une multitude d’agents IA internes et externes pourra croiser plusieurs modules, écrans et exports en temps réel pour donner des prévisions précises à l’utilisateur.

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