Outre-Atlantique, aux États-Unis, l’IA est déjà sur le point de transformer les ERP comme le confirme d’ailleurs Steve Bronson, DSI du distributeur de boissons Southern Glazer's Wine & Spirits, entreprise basée en Floride, interrogé dans cet article. « Le marché des ERP, dans son ensemble, évolue d'un système purement transactionnel vers une plateforme intelligente et axée sur les données. Nous constatons une intégration croissante de l'IA et de l'analyse prédictive dans les processus fondamentaux, une intégration plus étroite avec les lacs de données pour fournir des informations en temps réel, et une forte tendance à une évolution vers des architectures flexibles et modulaires permettant aux entreprises de s'adapter rapidement sans remplacements complets comme par le passé », résume-t-il. L’Europe suit ce même chemin : tous les éditeurs préparent déjà le terrain. Bien sûr, ils sont plus ou moins avancés selon la cible de clientèle visée. Par exemple, chez Sage très présent dans les PME/ETI, l’arrivée de l’IA générative s’est d’abord illustrée par l’intégration de Sage Copilot, par exemple dans ses offres X3 pour la gestion intégrée globale, Active, la solution tout-en-un pour les petites structures et Intacct pour la gestion financière. « Cette IA générative est en production depuis 2025 même si sa conception date d’il y a deux ans. Elle sert à interagir avec l’ERP et exécuter par la suite des actions, mais aussi à anticiper grâce à des indicateurs proactifs. Par exemple, un utilisateur peut être prévenu qu’il pourrait être contacté dans les six mois par un fournisseur qui va augmenter ses prix car celui-ci est dans une situation de monopole sur son secteur », détaille Mickael Mina, responsable IA chez Sage. Bref, Sage Copilot surveille les données, les processus et les opportunités et apporte des éclairages et des suggestions pour aider à prendre de meilleures décisions plus rapidement. Par exemple, dans Sage X3, l’assistant Sales Insights permet d’identifier plus rapidement les opportunités de revenus.
Comme Oracle avec son assistant conversationnel Ask lancé en 2023 qui change profondément la manière d'interagir avec les données, le concurrent allemand SAP a mis en œuvre Joule à la même époque. Celui-ci apporte, comme le souligne Cédric Sime, en charge de l’IA chez SAP France, de la valeur à tous les profils, du responsable financier au technicien de maintenance sur le terrain. Ce copilote propose des applications concrètes dans la gestion des achats, de la finance et du service client ; près de 400 cas d’usage sont déjà identifiés (800 à la fin de l’année). Joule s’appuie sur les données métiers de l’entreprise, ainsi que sur des graphes de connaissance (SAP Knowledge Graph) et des workflows automatisés (Joule Agents) pour proposer des réponses pertinentes ou déclencher des actions. Environ 34 000 clients exploitent déjà Joule selon l’éditeur allemand.
De son côté, Cegid, avec Cegid Pulse, multiplie les cas d’usage, par exemple autour de la fiscalité avec Cegid Tax Flex. « Notre assistant Pulse va aider et guider l’utilisateur à parfaire ses connaissances autour de la gestion fiscale des entreprises et lui apporter les meilleures réponses en allant par exemple se connecter à la base documentaire du BOFiP et à l’aide en ligne. L’IA permet également de personnaliser des analyses et d’améliorer significativement la qualité et la productivité des rapports fiscaux », résume Vianney Donadoni, responsable marketing produits chez Cegid. L’éditeur français Divalto est passé quant à lui du simple assistant d’aide à la rédaction de contenus intégré il y a deux ans dans ses offres à Divalto AI, un agent conversationnel sorti l’année dernière à partir duquel l’utilisateur peut faire de la recherche d’informations, générer des e-mails pour une première prise de contact ou encore établir des scénarios et même demander l’analyse d’incohérences. Autre exemple d’éditeur, celui du suédois IFS qui édite un ERP verticalisé pour l’industrie ; il propose aussi un assistant conversationnel (IFS.ai Copilot) intégré à son offre IFS Cloud. Comme le mentionne Jérémy Jeanjean, directeur global du presales enablement chez IFS, il sert à assister les utilisateurs, à converser avec l’ERP, à générer du contenu métier ou encore à rechercher et synthétiser des données dans des documentations. « L’IA générative d’IFS n’est pas un simple ChatGPT de plus dans un ERP, elle est intégrée aux workflows et données de l’ERP et sait contextualiser. Elle est aussi configurée pour respecter les contrôles de sécurité et les cloisonnements clients », rapporte le porte-parole.
Des assistants aux agents IA…
Dès cette année, les agents IA vont investir en masse les ERP, bouleverser leur transformation et les rendre toujours plus autonomes. « Les agents IA vont nous permettre d’exécuter des tâches complètes et par ciblage ; un DAF va s’en servir pour dégager plus de revenus, une directrice marketing plutôt dans un contexte business », donne en exemple Mickael Mina. Et d’ajouter : « Ces agents vont arriver dans nos offres dès cette année et interagiront avec d’autres agents externes en MCP (ndlr : protocole Model Context Protocol pour faciliter les interactions entre agents). L’intérêt est bien de croiser les données avec les différentes applications pour mieux comprendre le contexte sectoriel. » Cegid travaille aussi sur l’intégration de protocoles (MCP, A2A, etc.) pour permettre aux agents IA de communiquer vers l’extérieur. Pour l’heure, l’éditeur est déjà dans une phase de bêta-test autour des agents IA, notamment dans l’offre XRP Ultimate, l’ERP pour les grandes organisations, où le but est d’avoir par exemple un agent coordinateur qui va communiquer avec trois autres agents comptables (comptabilité générale, client et fournisseur) pour obtenir les meilleures réponses relatives à l’état des comptes. Via sa plateforme agentique Loops, l’éditeur scandinave IFS propose déjà 4 agents préconfigurés qui gèrent de manière autonome les tâches opérationnelles (10 prévus dans la roadmap). Par exemple, l’un d’entre eux sert à réapprovisionner le stock en surveillant les niveaux, en identifiant les risques de rupture, puis en déclenchant automatiquement les réapprovisionnements. Aujourd’hui, avec Loops, il est possible de modifier les agents en leur ajoutant de nouvelles compétences. Mais dès cette année, Loops autorisera, selon Jérémy Jeanjean, la création de ses propres agents numériques et leur permettra de communiquer via du MCP avec des agents externes.
De son côté, l’éditeur outre-Rhin SAP a déjà franchi le pas ; il propose en effet de créer des agents IA via un ensemble d'outils en no-code (Joule Studio), comme nous le confirme Arta Alavi, directeur innovation du SAP Lab Paris. Joule Studio est un service de la BTP (Business Technology Platform), la plateforme d'innovation de l’éditeur, dédié à la création d'agents personnalisés et à l'extension des compétences Joule. De plus, en combinant cet outil avec la plateforme SaaS Business Data Cloud, l’objectif est de fournir les fonctionnalités nécessaires pour accélérer les modèles et applications d'IA basés sur des données métiers (structurées et non structurées) fiables. Son rival direct, Oracle, propose depuis 2024 une multitude d’agents IA dans son Cloud ERP (intégré à la gamme Fusion). Selon Stéphanie Magniez, experte digital finance chez Oracle France, les utilisateurs peuvent même les modifier en leur apportant plus de capacités depuis la plateforme AI Agent Studio for Fusion Applications, cette dernière servant aussi à créer des agents ex nihilo. En parallèle, l’éditeur américain a créé une place de marché qui regroupe environ 200 agents, et de nombreux autres sont en attente de certification. À noter que l’ERP NetSuite, marque qui appartient à Oracle mais qui cible les PME et ETI, intègre aussi des agents IA.
Enfin, Cegid devrait aussi annoncer, peut-être d’ici la fin de l’année, son Studio IA permettant de créer des agents IA. Cette année est aussi synonyme de bascule vers l’IA agentique chez Divalto ; des agents spécialisés capables d’exécuter des workflows complets sont actuellement en phase de PoC (Preuve de concept), confirme à ce titre Christian Dhinaut, directeur des produits : « Nous allons pouvoir demander à l’ERP d’orchestrer différents agents et outils via des appels d’API, par exemple pour la création d’un devis. » À cela, Divalto, qui a racheté en 2024 la plateforme no-code Flexio, va faciliter la création d’applications intelligentes métiers sur mesure. Flexio va également intégrer l’IA pour générer des applications complètes et, dans un second temps, servir de passerelle MCP.

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