L’ERP constitue le cœur battant du système d’information ; s’il tombe, l’entreprise ne fonctionne plus. Au fil des années, il faut bien le reconnaître, il a su briser les silos dans les différents départements et créer ainsi des flux de travail automatisés. En effet, un produit vendu, le stock est décrémenté automatiquement, et si ce dernier passe sous un certain seuil, une alerte d'achat est générée. De son côté, la comptabilité enregistre l'écriture sans aucune saisie manuelle. Toutefois, de par son fonctionnement très imbriqué et global, l’ERP est devenu un bloc monolithique à forte dépendance pour les sociétés dans de nombreux secteurs : l’industrie, la grande distribution ou encore la logistique. Par exemple, dans l’industrie, tout est synchronisé à la minute près. Si l'ERP s'arrête, les machines de production ne reçoivent plus les ordres de fabrication, les stocks de composants ne sont plus réapprovisionnés et la traçabilité des pièces est rompue. Cette dépendance totale participe à l’augmentation des coûts de maintenance qui ne cessent de grimper d’année en année.

Selon une étude menée par le cabinet Censuswide pour le compte de Rimini Street, cabinet spécialisé dans la tierce maintenance des systèmes ERP (SAP et Oracle entre autres), les dirigeants et les décideurs IT interrogés dans le monde entier estiment qu'en moyenne 39 % de leur budget IT est consommé par l'ERP, même si 97 % d’entre eux expliquent que ces progiciels intégrés répondent à la plupart de leurs attentes business. Plusieurs raisons expliquent cette inflation : déjà la dette technique est importante car le fait de maintenir des développements personnalisés jusque dans le code source du socle originel coûte très cher en tests et en corrections. Pour Mickael Mina, responsable IA chez Sage, l’ERP qui se veut par définition de plus en plus personnalisable, est ouvert, ce qui explique sa maintenabilité de plus en plus complexe. Tarang Puranik, executive vice-president global service offering pour Infosys EMEA, recommande d’ailleurs de maintenir l’ERP au plus proche de son état d’origine (approche Clean Core), bref de conserver le cœur du système standard, sans modifications intrusives.

L’avenir des ERP boostés à l’IA est dans le cloud

Pour conserver ce concept de Clean Core, SAP conseille à ses clients de migrer vers le cloud. « Non seulement ils bénéficient des mises à jour, mais aussi d’innovations en continu, notamment autour de l’IA », relève Cédric Sime, en charge de l’IA chez SAP France. En effet, si le Clean Core est dégradé en multipliant les développements spécifiques, les cas d’usage autour des IA deviennent inopérants. D’une manière générale, tous les éditeurs poussent leurs clients à migrer vers des solutions clouds s’ils veulent bénéficier des avantages de l’IA générative et des agents. A l’image de Divalto, ciblant surtout les PME et ETI, qui se considère désormais comme une SaaS company avec sa plateforme Divalto One comme nous l’indique Christian Dhinaut, directeur des produits chez l’éditeur français.

Il est vrai que cette complexité s’est surtout manifestée pour des ERP tout-en-un historiquement plus lourds, rigides et déployés sur site (on-premise), même si le cloud, de par son inflation régulière, engendre une augmentation et par ricochet, le cloud accélère aussi cette dépendance à l’éditeur, déjà très forte lors du déploiement. Une fois les données et processus dans le cloud d'un éditeur, le coût de sortie est parfois si élevé que l'éditeur dispose d'un fort pouvoir de négociation sur les prix. Enfin, la sécurité, la conformité (dont le support de la facture électronique) et l’interopérabilité avec les autres applications métier de l’entreprise engendrent de nombreux coûts supplémentaires qu’il faut absorber. « Il n'est pas surprenant que 36 % des dirigeants considèrent que ces coûts élevés de maintenance et d'exploitation représentent aujourd’hui des obstacles au financement de l'innovation », écrivent les auteurs de l'étude citée préalablement.

Vers un retour des composants best-of-breed et l’arrivée des agents IA 

En parlant d’innovations, deux aspects ont changé et vont demain profondément transformer les ERP. D'une part son côté composable, collaboratif et ouvert — de plus en plus en vogue depuis la pandémie — l’ERP devenant une plateforme centrale sur laquelle on branche des briques spécialisées via des API. Il offre ainsi des fonctionnalités dont les organisations ont besoin sans mettre à niveau l'intégralité de leur système. D’ailleurs, l'enquête de Rimini Street montre que 36 % des répondants anticipent des ERP devenus obsolètes et remplacés par un modèle best-of-breed (le meilleur outil pour chaque fonction), reposant sur une architecture composable à base d'API. Autrement dit, une sérieuse remise en cause des monolithes encore existants dans les entreprises. Environ 70 % des dirigeants qui ont répondu à ce sondage sont même convaincus que ces systèmes traditionnels ne constituent plus l'avenir. La deuxième tendance que nous allons développer dans ce dossier, et qui découle de la première, est l’arrivée des assistants d’IA Gen et surtout des agents IA dans ces plateformes, ces derniers pouvant gérer seuls des processus entiers.