Entretien

Didier Girard

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Didier Girard

Directeur des opérations et de l'innovation de Sfeir


par Olivier Rafal

(25/05/2009) - LeMondeInformatique.fr : Votre intervention à l'USI portera sur le thème des technologies Google pour l'entreprise. Qu'entendez-vous démontrer ?
Didier Girard :
On ne s'en rend pas forcément compte, mais l'offre entreprise de Google est extrêmement vaste : Google Apps, AppEngine, Android... Google arrive sur le sujet lentement mais sûrement. A l'origine, toutes les technologies n'étaient pas pensées pour les entreprises, mais elles leur ont trouvé des usages. Ce qui est assez surprenant dans la mesure où il n'y a eu aucun effort marketing pour promouvoir ces offres. Ce sont les utilisateurs qui ont piloté cette adoption.

Qu'y a-t-il de remarquable dans les Google Apps du point de vue d'une entreprise ?
D'abord, pour ne parler que du courriel, d'un point de vue économique, il n'y a pas d'équivalent sur le marché. La première chose que font la plupart des jeunes entreprises dans les hautes technologies, c'est de faire reposer leur infrastructure de mails sur Gmail, ça ne leur coûte quasiment rien. Et avec le mail arrive le chat, dans un contexte professionnel (donc avec annuaire d'entreprise).

Gtalk (la messagerie instantanée de Google) n'est-il pas un outil redondant pour des gens qui utilisent souvent déjà MSN (rebaptisé Live Messenger) ?
Non, car en général on a une adresse professionnelle et une adresse personnelle. Donc au contraire, c'est plutôt un plus de séparer ainsi les deux comptes.

La partie bureautique des Google Apps peut-elle remplacer Office ?
Google Docs donne la possibilité de rédiger des documents de façon collaborative ; c'est pertinent pour beaucoup d'usages, mais ce n'est pas forcément destiné à l'extérieur. Si vous voulez rédiger une proposition commerciale de 200 ou 300 pages, vous aurez besoin d'une suite Office.

La suite d'outils de Google permet en effet de collaborer, mais elle ne sait pas gérer les accès concurrents...
Non, mais on peut s'inspirer de certaines pratiques, et scinder les documents. Historiquement, les développeurs - qui sont les plus grands experts du travail collaboratif - ont choisi, dans la programmation, de travailler sur des morceaux de code plus petits, pour rassembler ensuite le tout. Il est tout à fait possible de reproduire cette façon de travailler. Chez Sfeir, on gère beaucoup d'activités commerciales avec Google Spreadsheets, et tout le monde a un compte. Cela permet à tout un chacun d'accéder rapidement aux informations, et c'est un outil qu'une assistante de direction peut manipuler facilement. Il y a bien sûr là aussi des limites, par exemple, si quelqu'un fait un tri, il apparaît pour tout le monde. Mais bon, vu les gains, même les grands groupes réfléchissent à ce type d'outils.

D'après vous, cela pourrait même changer complètement les relations entre clients et éditeurs, et obliger ces derniers à revoir leur modèle économique...
Oui, l'assiette de revenus des éditeurs comme Microsoft va changer. Avant, il fallait que tout le monde ait Word et Excel. Puis on s'est aperçu que pour des usages simples, il existait des alternatives comme OpenOffice qui suffisaient amplement. C'est un des gros impacts de l'Open Source: ça détruit de la valeur, en transformant des fonctionnalités en commodités. Et le cloud fait de même : il détruit de la valeur. Les offres cloud obligent les acteurs qui faisaient payer 'plein pot' leurs logiciels à se poser des questions. Soit ils resteront focalisés sur les gens qui pourront et devront payer, et augmenteront probablement leurs tarifs pour assurer la même assiette de revenus sur moins de monde, soit ils développeront des solutions cloud offrant sécurité et confidentialité des données. Dans tous les cas, le cloud est vraiment une évolution inéluctable - même si je ne dis pas que tout le monde basculera ; il y aura des scénarios qui vont coexister et bouleverser l'écosystème.

Google AppEngine est la tête de pont de ce bouleversement de l'écosystème ?

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