Entretien

Marten Mickos

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Marten Mickos

PDG de MySQL


par IDG News Service

(08/11/2006) - IDGNS : Plusieurs développeurs Open Source ont manifesté leur mécontentement contre la Free Software Foundation (FSF) et la deuxième ébauche de GPLv3. Le risque d'une bifurcation (fork) vous inquiète-t-il, certains s'en tenant à GPLv2, alors que d'autres passeraient à GPLv3 ?
Marten Mickos :
Il n'y a rien de dramatique à avoir deux licences GPL. Cela prouve combien on peut parfois être victime de son succès. Un tel succès du GPLv2 prouve que les développeurs n'attendent pas de changement. Pour eux, tant que ça marche, on ne répare pas. Je comprends les arguments de la FSF au sujet de cette licence. Elle a travaillé dessus, et a des raisons rationnelles et recevables de les modifier. Mais elle adopte également une attitude philosophique et dogmatique que beaucoup de développeurs Open Source n'ont pas.
Nous avons toujours prêché le fait que l'Open Source n'est pas une religion, ni un parti politique ou un club. La FSF a un côté sociétal. C'est un aspect important, mais beaucoup de développeurs s'en fichent. Ils ne sont pas là pour sauver l'humanité ou éviter la destruction de la planète. Le processus continue. L'heure est au débat, non aux conclusions. Chez MySQL nous n'avons pas pris position sur le GPL et nous n'en n'avons pas encore besoin, le moment n'est pas venu.

Qu'est ce qui vous fait décider que MySQL doit mettre au point de nouvelles fonctionnalités pour sa base de données, et quand il faut vous appuyer sur la communauté Open Source pour ces innovations ?
L'un des secrets de notre activité est de savoir quand faire quoi. Il faut imaginer ce que l'utilisateur final attend. Nous avons 10 millions d'utilisateurs. Comment voulez-vous concevoir ce qu'ils attendent puis imaginer comment le réaliser ? Si 9 millions veulent quelque chose, et le million restant autre chose, il se peut que cette dernière attente soit plus importante que la première. Il faut être capable de garder du bon sens.
Grâce aux pré-versions de nos produits, nous sommes capables de corriger les erreurs. Nous pouvons faire des erreurs en passant. Par exemple, nous avions un cache en développement, et nous avons découvert que quelqu'un d'autre était en train d'en mettre un au point. Nous avons pu éviter une erreur et choisir la meilleure option. Ou bien, si vous prenez notre pilote de connectivité Java de base de données, la communauté en a développé trois, quatre ou cinq. L'un d'entre eux se plaçait clairement comme produit leader du marché. Nous l'avons acheté, pris sous licence et avons pris le développeur à bord. Nous n'en avons pas fait le choix, mais avons laissé l'écosystème, le darwinisme, déterminer ce qui marchait le mieux.

L'open source est-il alors un environnement plus clément que le monde du logiciel propriétaire ?
Non, il n'y a pas de clémence, mais l'Open Source se guérit seul. Personne ne pardonne, mais quelqu'un d'autre peut vous couvrir. Il y a un an, Oracle a racheté InnoDB. Aujourd'hui, un an après, il existe de nombreux moyens de stocker MySQL et beaucoup d'acteurs. C'est comme si la main invisible dont parlait Adam Smith était vraiment à l'oeuvre [l'économiste a inventé ce concept de 'main invisible' qui guide les individus sur la voie de la progression pour atteindre des objectifs bénéfiques pour la société au sens large, NDLR]. Une sorte de main invisible guide l'Open Source. En fin de compte, quelque chose de bien devrait en sortir. Nombre de personnes sont très en colère avec la FSF, pourtant les gens verront toujours une communauté avec de bons résultats [avec GPLv3].

Qu'est-ce qui attend MySQL en 2007 ?
On va assister à une forte adoption par le marché de l'entreprise avec l'augmentation du nombre d'utilisateurs de MySQL 5.0. Les développeurs prennent du temps pour adopter une nouvelle version, mais c'est en train de se faire. Il va y avoir plus de partenaires. Nous avons déjà Novell, Hewlett-Packard, Unisys et récemment Red Hat. Il y en aura d'autres. Du côté de nos technologies, vous verrez Falcon et MySQL 5.1. Nous effectuons du très bon travail sur nos outils d'interface utilisateur graphique et nous allons encore améliorer nos pilotes de base de données ODBC et JDBC.

Où en est Falcon, le moteur de base de données transactionnel mis au point par l'architecte de bases de données Jim Starkey, qui a rejoint MySQL en février ?
Ce n'est pas seulement Jim Starkey. Nous avons tout un groupe d'ingénieurs qui travaille en étroite collaboration avec lui. La prochaine étape pour Falcon va être un test alpha, à venir bientôt.

La prédominance actuelle de MySQL sur le marché des bases de données Open Source vous inquiète-t-elle parfois ?
Parfois, j'entends nos équipes dire 'Nous sommes bons, nous n'avons pas besoin de travailler', mais nos ingénieurs sont aussi très autocritiques et le moindre problème les gène. C'est un mouvement de balancier. Parfois, je dois dire à l'entreprise 'Souriez, nous avons un bon produit', d'autres fois 'Ne soyez pas auto-satisfaits, il reste beaucoup à faire'. Si nous sommes bons, nous continuons sur notre lancée jusqu'à ce que nous ayons l'impression d'avoir réussi et de pouvoir nous reposer. Si un problème surgit, nous devons travailler un peu plus dur pour le régler. Le rachat de InnoDB par Oracle est d'abord apparu comme un problème ; 'Mais qu'est-ce qu'on va faire' a été notre première réaction. Nous avons fini par retourner la situation à notre avantage.







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