Les entreprises russes pensent qu'elles peuvent remplacer les logiciels de fournisseurs occidentaux tels que SAP par des solutions qu'elles ont elles-mêmes développées. Pendant ce temps, des milliers d'informaticiens quittent le pays. Après la décision de grands éditeurs de logiciels, dont Microsoft, Oracle et SAP, de fermer leurs activités en Russie, les entreprises russes cherchent apparemment maintenant à passer à des solutions locales. Mikhail Oseyevsky, président de la société de télécommunications russe Rostelecom contrôlée par l'État, estime ainsi que les sociétés IT nationales pourraient remplacer les produits de SAP avec un soutien gouvernemental adéquat. « Il est clair qu'épaulé par l'Etat, des projets IT transversaux  seront également lancés et nous serons en mesure de surmonter les défis mondiaux, par exemple en remplaçant SAP », a déclaré Mikhail Oseyevsky, selon le journal allemand « Rhein-Neckar- Zeitung » (RNZ) relatant une rencontre avec divers médias internationaux.

Rostelecom est l'une des plus grandes entreprises de télécommunications de Russie avec plus de 140 000 employés. Le groupe, dont le CEO entretient des liens étroits avec Vladimir Poutine, a annoncé une coopération avec SAP en 2017 et travaille depuis avec les solutions de gestion du capital humain (HCM) de SuccessFactors, racheté par SAP. A cette époque, Nikita Cherkasenko, responsable du développement des ressources humaines chez Rostelecom, chantait encore les louanges de la solution SAP : « Nous voulons aider à construire une nouvelle Russie numérique et savons qu'une entreprise aussi grande que la nôtre ne peut pas être suffisamment flexible et agile sans les meilleures solutions HCM du marché », avait déclaré le dirigeant. « Avec l'aide des solutions SAP SuccessFactors ils sont désormais en mesure de recruter les meilleurs talents dotés des compétences numériques dont Rostelecom a besoin ».

Les informaticiens quittent la Russie

Cependant, le recrutement de talents IT pourrait bientôt appartenir au passé pour le groupe de télécommunications russe. Des milliers de spécialistes quittent en effet actuellement la Russie. Rien qu'en mars, 50 000 informaticiens auraient tourné le dos au pays, a rapporté Sergey Plugotarenko, directeur de l'Association russe des communications électroniques (RAEC). Environ 150 entreprises informatiques sont membres de l'association de l'industrie, y compris des fournisseurs informatiques russes tels que le spécialiste de la sécurité Kaspersky, mais aussi des représentants russes d'entreprises étrangères telles que Microsoft, Apple et Samsung. Sergey Plugotarenko s'attend à ce que cet exode informatique se poursuive en avril. Les sanctions imposées par l'Occident et le retrait de grands groupes informatiques occidentaux de Russie en sont responsables, a-t-il déclaré. Il est donc probable qu'il soit difficile d'aligner les ressources de développement nécessaires pour créer des systèmes d'entreprise complexes. Les responsables de la RAEC n'ont pas dit un mot sur le conflit à un moment où le pouvoir russe menace de sanctions draconiennes tous ceux qui en font allusion.

Le CEO de SAP, Christian Klein, a de son côté condamné l'attaque de la Russie contre l'Ukraine : « Comme le reste du monde, nous regardons la guerre en Ukraine avec horreur et condamnons l'invasion dans les termes les plus forts possibles. Un acte aussi inhumain et injustifié que celui-ci est une atteinte à la démocratie et à l'humanité. Ses conséquences nous affectent tous. Début mars, il a annoncé qu'il fermerait ses portes en Russie et a notamment écrit dans un billet de blog : « Nous arrêtons les activités en Russie et en Biélorussie conformément aux sanctions et, en outre, nous suspendons toutes les ventes de services et de produits SAP en Russie et en Biélorussie ». Les clients existants non couverts par les sanctions continueraient cependant à être servis dans le cadre d'accords contractuels, a déclaré la société allemande de logiciels.

Pas de décision timorée pour Volodymyr Zelensky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est récemment vivement monté au créneau et a appelé SAP à cesser complètement de supporter son logiciel en Russie. « Maintenant, il ne peut y avoir de décisions prises à moitié ou en demi-teinte », a écrit le président ukrainien sur Twitter. « Il n'y a que du noir et du blanc, du bien ou du mal ! Soit vous êtes pour la paix, soit vous soutenez le sanguinaire agresseur russe pour qu'il tue des enfants et des femmes ukrainiens. Microsoft, Oracle, SAP, arrêtez de soutenir vos produits en Russie, arrêtez la guerre ! ».

Dans une interview avec RNZ, le CEO de SAP avait montré de la compréhension pour Zelensky, mais avait en même temps défendu sa stratégie. Par exemple, a-t-il dit, les hôpitaux, les supermarchés et les entreprises qui sont importants pour la production et la distribution de vaccins sont exploités avec le logiciel SAP. « Si nous fermons tout cela, cela n'arrêtera pas la guerre », a déclaré Christian Klein. « SAP ne veut pas prétendre être mieux informé que les politiciens et les experts. » C'est pourquoi l'entreprise a pris cette voie, a-t-il déclaré.