« La Bretagne a une particularité : les gens vivent beaucoup dans des logements disséminés sur le territoire, et la densité de population est assez faible de fait ». Le constat, simple, présente tout de même un problème de taille. « L’objectif est de finir de fibrer la Bretagne en 2026 », explique Loïg Chesnais-Girard, président sortant en lice pour un deuxième mandat. Affilié au Parti socialiste, cet homme originaire de Lannion est convaincu qu’un changement doit s’opérer rapidement sur la couverture en réseau haut débit de la région. Le programme, « la fibre pour tous en Bretagne » sur l’ensemble des territoires qui ne sont pas couverts par le marché, doit devenir une priorité pour les années à venir.

« Nous avons fait le choix d’avoir un réseau public qui reste notre propriété et que l’on louera aux opérateurs » ajoute le président de la région. Le chantier coûtera au total 1,6 milliard d’euros pour 1,4 million de prises. « Nous avons signé un accord avec Orange, Free, Bouygues, SFR, qui louent notre réseau et payent une redevance en fonction ». Le programme devrait permettra d’offrir ce service dans les fermes, les maisons isolées, les hameaux, les villages, ou encore les petites communes.

Une plateforme unique pour les services publics

La région compte bien entamer une véritable révolution digitale à destination de tous les publics. « Nous travaillons sur une plateforme servicielle qui a vocation à faciliter la relation entre les citoyens et la collectivité, par exemple pour prendre ses abonnements de bus, de bateau, demander une aide à la formation, ou encore demander un accompagnement en tant qu’entreprise, que ce soit sur l’innovation ou l’investissement » détaille Loïg Chesnais-Girard. L’objectif de l’exécutif : embarquer l’ensemble des outils de services sur une unique plateforme numérique. « Nous pensons la construction de cette plateforme comme un outil créé et adapté aux différents usages du numérique pour nos citoyens ».

« En tant que tiers de confiance, si un citoyen nous demande de l’aide pour trouver une formation, car il est au chômage, en recherche d’emploi, on a ses informations et on peut lui indiquer s’il a le droit à des tarifs particuliers pour les transports en commun, ou accéder à des accompagnements en fonction de son lieu de résidence. Il s’agit de regrouper les services sur un seul site ». La plateforme s’appuie sur France Connect – le dispositif mis en place par le gouvernement – afin de s’identifier et éviter la multiplication d’identifiants et mots de passe.

Intégrer le numérique tout en se protégeant

Cette proposition reste cependant dépendante de la volonté de chacun à intégrer le numérique dans son quotidien. « Nous devons travailler à l’inclusion numérique pour les personnes éloignées du numérique ». Aujourd’hui, entre 15 et 20% des citoyens ne savent pas utiliser ces outils informatiques. « Nous devons réfléchir à la manière de faciliter la vie de ceux qui veulent essayer, et trouver des solutions alternatives pour ceux qui n’arrivent pas à s’y mettre » précise Loïg Chesnais-Girard. Selon lui, une société qui ne s’intéresse pas au numérique est une société excluante. Ce sujet de société concerne aujourd’hui la plupart des régions françaises. Face à une demande croissante en services numériques de la part de la population, l’enjeu est double : répondre à ce besoin tout en prenant soin de n’exclure aucune partie de la société. Les entreprises ne sont pas en reste dans ce programme. Certaines entreprises sont capables d’intégrer le numérique sans accompagnement. Pour d’autres, la tâche peut s’avérer plus difficile. A l’exemple d’une charcuterie industrielle, d’une menuiserie ou d’un plaquiste, « il est clair qu’il faut regarder en quoi le numérique peut faciliter la vie de ces entreprises, rendre des métiers plus appétant, plus attractifs avec le numérique, avec des outils au service du client et du processus industriel ».

L’exécutif de la région Bretagne souhaite que chacune des « entreprises intègrent cela, en plus de leur protection ». Les différentes cyberattaques qui ont touché la Bretagne ces derniers mois ont parfois paralysé les entreprises. « Alors que la région prétend être une région européenne de la cybersécurité, il faut davantage pousser cet écosystème dans les années à venir, au service de nos entreprises et de la souveraineté. En Bretagne nous avons déjà des milliers d’emplois qui dépendent de la cyber ». L’action cyber en Bretagne a bien décollé sur les cinq dernières années, il s’agit désormais d’accompagner financièrement les entreprises qui se transforment et souhaitent se protéger. Des écoles de l’IA ont été lancées en partenariat avec Microsoft. La région est notamment partenaire à Rennes, Brest et Lannion.

E-santé et agriculture connectée, deux domaines d’innovation

Innover avec le numérique amène parfois à des expérimentations inédites. « Nous voulions développer deux filières, le croisement de la santé et de l’agriculture avec le numérique ». « Concernant l'e-santé, nous expérimentons déjà en région avec la surveillance des personnes âgées à domicile grâce à la télémédecine ». Le conseil régional mise par ailleurs sur son programme AGRETIC, piloté par Bretagne Développement Innovation (BDI) en collaboration avec les Chambres d’agriculture de Bretagne et le pôle de compétitivité Valorial. Il s’agit de viser à faire de la conduite numérique de bâtiments d’élevage pour réduire la consommation d’énergie et la production de carbone, travailler à la bonne connaissance hydrométrique des cultures dans les champs pour travailler sur la micro-irrigation ou encore le désherbage grâce à des robots. « Ce sont des drones solaires que l’on met dans des champs et qui détectent les mauvaises herbes grâce à l’IA et à des outils spécifiques pour couper les mauvaises herbes » détaille Loïg Chesnais-Girard. « On ne veut plus de pesticides, alors il faut trouver des solutions » ajoute-t-il.

La technologie est également déployée dans les élevages de poules pondeuses, Alors que les poules sont désormais dans de grands hangars et ont la fâcheuse tendance à pondre n’importe où, l’installation d’un robot qui circule au sein de l’élevage, permet de faire bouger les volailles et les inciter à pondre dans le nichoir et leur apprendre à prendre cette habitude. « Le robot, commercialisé par Tibot, a été financé par la région Bretagne pour imiter l’action de l’homme dans les élevages, afin de libérer du temps humain notamment ».