Historiquement, les voies navigables étaient, en France, gérées par sept agences territoriales à raison d'une par bassin, et une direction nationale de coordination. En 2013, une réforme a abouti à la création d'un établissement public administratif unique, baptisé Voies Navigables de France (VNF), avec sept directions territoriales. VNF assure plusieurs missions. La première est bien sûr d'assurer la navigabilité des voies pour tous leurs usagers (fret, passagers ou loisirs). VNF exploite au quotidien les 6700 kilomètres de voies (canaux, fleuves, rivières...) et les 4000 ouvrages d'art (écluses, digues, barrages...) avec perception des redevances de transport de marchandises et les vignettes pour la plaisance. L'établissement dispose aussi de 40 000 hectares de terrains avec éventuellement des bâtiments (maisons éclusières...) parfois concédés ou loués. Enfin, en liaison avec les agences de l'eau, dont l'objet est la gestion et la protection des ressources en eau, VNF contribue à la gestion de l'eau au-delà de la seule garantie de niveau pour la navigabilité des voies (barrages, bassins de rétention...).

La réforme de 2013 mais aussi les changements d'attentes de la part du gouvernement comme du public vis-à-vis de VNF aboutissent à des nécessités de refonte IT. « Avec la réforme, l'établissement national est passé brutalement de 300 à 4000 agents » observe Benoît Hollebecq, adjoint au DSIN et responsable transformation numérique de VNF. Surtout, chaque établissement régional possédait ses propres systèmes. Chaque DSI créait des applicatifs pour couvrir chaque besoin et par établissement, en plus des systèmes support (comptabilité, GRH...). Au niveau infrastructures, chaque agence territoriale et l'établissement national avaient leur propre datacenter. VNF dispose donc aujourd'hui d'un datacenter national et de sept datacenters régionaux. Benoît Hollebecq pointe : « nous avons dû travailler sur l'urbanisation du SI et aussi sur des référentiels communs (bateaux, collaborateurs, etc.) dans le cadre d'une démarche de Master Data Management avec un gros enjeu d'accessibilité et de gestion des accès à ces référentiels, d'où notre recours à InterSystems. »

Unifier un SI historique éclaté

D'une manière générale, VNF a une volonté de consolidation et de centralisation. Les huit datacenters devraient donc être regroupés, éventuellement sous forme de recours à du cloud externe sous réserve du respect des obligations en termes de fiabilité, de disponibilité et de sécurité. Les référentiels communs ont, eux, été construits dans une base de données verticale avec la solution Informatica. Pour assurer la circulation des données entre systèmes, y compris avec les référentiels, VNF a choisi de s'appuyer sur l'ETL proposé par InterSystems. « Ces chantiers sont longs car il s'agit d'unifier des SI historiques au travers d'une refonte » souligne Benoît Hollebecq.

Une nouvelle étape a été franchie il y a trois ans. Le contrat d'objectifs et de performance signé avec le ministère de tutelle visait alors à dynamiser le transport fluvial. A cette occasion, un plan de modernisation de VNF a été conçu, avec un plan de financement sur plusieurs années. Cette modernisation a évidemment une dimension informatique, en particulier ce qui est nommé « informatique industrielle » par VNF. Cette informatique métier était traditionnellement répartie dans les différentes agences de terrain. Surtout, VNF s'est engagé dans une démarche d'automatisation de ses ouvrages.

Consolidation, modernisation et automatisation

Le maniement des ouvrages et équipements comme les écluses ou les vannes est aujourd'hui encore très manuel. Parfois, certains peuvent être télécommandés. Benoît Hollebecq indique : « nous sommes en train de mettre en oeuvre des postes de commandes centralisés (PCC) qui vont prendre la main sur la gestion des ouvrages et le pilotage des circulations sur les axes fluviaux ». Cela passe aussi par la multiplication des remontées d'informations par une multitudes de capteurs (caméras vidéos, capteurs de niveaux d'eau, géolocalisation des bateaux...). Les PCC sont actuellement en cours de construction, que ce soit en tant que bâtiments comme d'IT. Un des effets de ce développement de l'automatisation et de l'informatisation a été la création, en Avril 2020, d'une authentique DSIN (direction du système d'information et du numérique), représentée au comité exécutif, en lieu et place d'un simple service informatique.

Côté applicatifs, la même logique générale de consolidation et de modernisation s'applique. Les multiples applicatifs régionaux sont donc progressivement remplacés et uniformisés. Au niveau des données, les PCC doivent pouvoir collecter toutes les informations issues du terrain, notamment par IoT, et les afficher de manière compréhensible pour les gestionnaires d'infrastructures navigables. Le rôle du datahub Iris d'InterSystems est, pour cela, évidemment central. « Nous sommes aussi en train d'expérimenter le recours à l'IA pour prévoir la disponibilité des voies et des quais afin de fluidifier le trafic » stipule Benoît Hollebecq.

Développer des services nouveaux

Au delà de la consolidation et de la modernisation, très techniques et peu visibles directement par les usagers, l'informatique unifiée va faciliter la mise en place de nouveaux services. Par exemple, aujourd'hui, il n'existe que quelques bornes eau-électricité le long du réseau de voies pour que les bateaux puissent se ravitailler avec des cartes pré-payées. Demain, le nombre de bornes va être démultiplié et, surtout, les usagers pourront les réserver et payer les prestations en ligne ou via une application mobile. De la même façon, les mariniers déclarent en ligne leur itinéraire et le tonnages transportés mais... c'est du pur déclaratif ! Avec des recoupements d'informations et la géolocalisation des bateaux, VNF pourra améliorer la circulation et éviter les encombrements.

La transformation du SI, pour permettre ces nouveautés, reposent sur le passage d'une logique par applicatifs à une logique par services rendus. Techniquement, cela suppose de mettre au centre de l'architecture les données (approche datacentric) et de faciliter les échanges entre applications via des API. La plate-forme d'échange de données sous InterSystems permet aussi de faire le lien entre les anciens outils et les nouveaux, plus digitaux, au fur et à mesure des remplacements. Les agents de terrain commencent à voir les effets de cette transformation en cours : un millier de smartphones a été distribué avec des applicatifs métier mais aussi RH sur un portail de service. Mais Benoît Hollebecq reconnaît : « nous sommes encore au milieu du chemin ! »